Réflexions sur le développement et actualités du réseau

19/12/2018
Foctus acteur : Gertrude Rodriguez, responsable d'animation sur des programmes urbains de gestion des déchets

Gertrude travaille pour la Caritas Kaolack, sur la commune de Kahone pour un programme d’accompagnement du territoire communal à la gestion des déchets. Située à proximité directe de la grande ville de Kaolack, sur le fleuve Saloum, Kahone est une petite ville de moins de 14 000 habitants.

Bonjour Gertrude. Tu travailles à Caritas Kaolack, au Sénégal, sur un programme lié à la gestion des déchets à l’échelle d’une commune. De quoi s’agit-il exactement ?

Oui, je suis responsable de l’animation d’un projet de gestion d’ordures ménagères sur la commune de Kahone (à 5 km de Kaolack). Le projet concerne en tout 3 communes. Le but du projet est d’appuyer des OSC et des initiatives de citoyens cherchant à donner des solutions au problème du traitement des déchets. Le travail se fait en lien direct avec la municipalité qui a en la compétence.

Mon travail consiste à coacher, accompagner, encadrer les organisations qui s’engagent à jouer un rôle pour le traitement des déchets, afin d’amener une commune qui n’a pas de dispositif de gestion des ordures de pré-collecte à pouvoir organiser ses acteurs pour lancer un système de pré-collecte. En quelque sorte, c’est lancer l’autonomie de la commune sur la gestion de ses déchets.

Comment procèdes-tu ?

C’est du développement local. Il faut d’abord commencer à faire un diagnostic : cartographier les systèmes ou initiatives existantes, identifier les acteurs en différenciant ceux qui s’activent dans les actions de nettoyage et ceux qui sont engagés mais ne participent pas, évaluer la capacité de maitrise d’œuvre de la commune...

Ensuite on peut travailler à la mise en place d’un projet de gestion communautaire des ordures. Il ne s’agit pas d’impliquer que la municipalité, mais bien toute la population qui au final vit au jour le jour dans les ordures. Comme la municipalité a la compétence déléguée, on l’amène à construire un cadre formel de coordination pour assurer le système de pré-collecte. On peut à ce moment faire du transfert de compétences, de l’encadrement pour la gestion organisationnelle, technique, financière.

Et ton rôle se situe où dans tout ça ?

Moi je suis sur l’ingénierie sociale. Je mets en relation les personnes,  j’accompagne les acteurs identifiés à mettre en place une instance formelle et  à construire un cadre de concertation. Pour être exacte, ce cadre de concertation on ne l’anime pas, mon rôle c’est d’amener  la municipalité à le faire. Je dirais qu’on booste la vie de ce cadre entre municipalité et société civile. N’étant pas technicienne de la gestion des ordures, on fait intervenir des prestataires ou des bureaux d’études pour les études techniques. Je suis aussi amenée à collaborer avec les services techniques étatiques  comme le service d’hygiène, le service de l’environnement qui mettent à contribution leur expertise.

Tu fais aussi de la sensibilisation ?

Je ne fais pas de sensibilisation auprès du grand public. Je forme les OSC sur les techniques de communication, et je me charge de concevoir  les documents d’orientation qui définit  les outils, des méthodes de suivi, des approches Je les laisse par ailleurs gérer tout ce qui concerne la mise en œuvre. Je me charge de coordonner l’exécution et d’animer les rencontres de bilan et d’évaluation.

Il faut se rendre compte que, si les membres des OSC ont souvent un niveau d’études très faibles (pour certains ils ne savent pas lire ou écrire), on peut pour autant les responsabiliser. Ils sont capables de tenir un discours sur tout le processus de traitement des ordures, ils comprennent les enjeux. Pour nous c’est un des résultats de l’implication.

C’est pourquoi on reste sur du coaching, et même sur un coaching dégressif. Je n’aime pas l’idée de projet, mais plutôt l’esprit de dynamique car ce que l’on met en place ne dois pas disparaitre à la fin de la période conventionnelle du projet.  Le message qui passe durant le projet, c’est qu’à la fin il n’y a plus d’appui financier. En travaillant sur l’idée de dynamique, on montre bien à tous les acteurs que  notre rôle c’est de propulser un système de gestion des ordures et que chacune des parties institutionnelle comme communautaire doit s’engager à la consolider et à la pérenniser.

Comment es-tu arrivée à ce poste ?

Je suis passée au CIEDEL en 2004. A ce moment, j’étais à l’ARD Kaolack comme stagiaire. C’était à peu près ma seule expérience de développement. Je suis arrivé au CIEDEL qui avait accepté de m’entendre en entretien malgré ce manque d’expérience. Finalement j’ai été acceptée.

En sortant, je suis allée directement à Caritas. Je n’avais pas de compétences spécifiques sur la gestion des ordures mais j’ai pu faire bénéficier du capital acquis lors de ma formation. Le poste valorise particulièrement des compétences sur le développement économique local, la coopération décentralisée, la stratégie d’acteurs, la gestion de conflits ou encore la gestion de projets. De toute façon, c’est rare d’avoir une formation spécifique sur la thématique des ordures, donc ces compétences allaient très bien.

Quel a été l’élément déclencheur qui t’as amenée au développement local, alors ?

J’avais un parcours avec une maitrise en droit privé mais j’étais préoccupée de voir le niveau d’avancement de la société lors de mon passage à l’ARD. L’approche des ONG qui avaient une façon d’intervenir pas toujours au bénéfice de la population mais plus comme un service, qui permettait de faire fonctionner une structure, m’interrogeait.

Je  me disais « si chaque ONG qui a un financement extérieur laissait quelque chose on serait plus loin dans les programmes de développement ». D’où mon évolution de carrière.

C’est une manière de voir les choses que tu retrouves à la Caritas ?

Il ne faut pas se mentir, on est souvent soumis à répondre à des appels d’offres, comme toute ONG,  car on est contraint financièrement. Mais rien que du fait du contexte dans lequel on travaille, on est obligé de trouver d’autres solutions.

Sur la thématique des déchets, les investissements sont coûteux et la pérennisation pose parfois un problème. La gestion des déchets étant une compétence transférée, on a aussi un facteur de blocage pour atteindre les bailleurs : ils connaissent l’instabilité des institutions locales et peuvent hésiter à s’engager à soutenir une ou des communes.

D’une certaine manière cela nous incite à travailler avec les OSC qui peuvent faire du plaidoyer localement et dont les membres voient directement l’intérêt de travailler sur les déchets car leur cadre de vie en est visiblement amélioré. L’évolution de l’activité  permet de créer de l’emploi et quand un nouveau maire arrive, les OSC sont là pour tout de suite l’inciter à s’inscrire dans la dynamique.

J’en profite pour dire que le plaidoyer local est indispensable pour la gestion des déchets. Le niveau de volonté politique est un facteur très important pour voir des améliorations dans ce secteur et il est donc essentiel de convaincre les décideurs. Dans des pays en développement, on se dit souvent que les déchets ce n’est pas prioritaire or, c’est une problématique qui a un impact  sur  la santé,  l’agriculture, à l’économie, le  tourisme...

Le résultat, c’est qu’on a de plus en plus de communes qui nous sollicitent pour qu’on les encadre : elles voient de petites initiatives émergées  mais manquent de compétences.

Le plaidoyer ne se fait qu’au niveau local ?

Non, mon responsable d’équipe  représente la structure au sein d’un comité technique régional animé par le Gouverneur. Cette instance est un cadre d’échange des structures qui interviennent sur la thématique de l’environnement, elle permet de partager   les problèmes et fait le lien avec le cadre national. L’État a cible des communes problématiques au niveau des déchets, comme à Kaolack., pour les accompagner à travers un programme national de gestion des déchets.   Notre orientation  c’est de faire un plaidoyer national pour que les communes  que nous accompagnons soient inclues dans le  schéma régional voir national  de gestion des déchets. Il nous faut toujours informer de ce qu’on fait, de nos attentes... pour que la coordination progresse.

12 ans sur le même poste, j’imagine que ton métier a dû évoluer ?

Oui en effet. D’abord, l’échelle à laquelle je travaille a évolué. En 2006, j’intervenais au niveau d’un quartier. Aujourd’hui, je travaille à l’échelle communale, sur deux programmes, et avec un rôle de coordination de l’animation entre les 3 communes de Kaolack. On est une petite équipe de 4 personnes mais on travaille constamment avec tout un groupe d’acteurs au niveau communal, une sorte d’équipe constituée sur place.

Nos méthodes de travail ont aussi bien évolué. On a des outils de suivi plus professionnels qu’il y a 10 ans. Nous essayons de formaliser ce que nous faisons, avec une volonté d’approfondir nos approches d’animation, ce qui nous conduit à élaborer  des documents pour piloter la phase de réflexion ou pour appuyer la mise en œuvre. Tous ces documents, nous les partageons avec les acteurs, les municipalités, pour promouvoir le transfert de compétences.

Le travail d’accompagnement que l’on a mis  en place à Kahone, est issu de l’expérience vécu dans la commune de Kaolack avec d’autres acteurs, et d’autres agents de la Caritas. Mais à Kahone comme pour les autres communes bénéficiaires, je pense que l’on va plus loin. On essaie de mettre en place une chaine entière de traitement des ordures ménagères, donc on ne limite  plus seulement la pré-collecte. En amont on a  incité les municipalités à  prendre un arrêté portant délibération et affectation  d’un site   pour  servir d’espace de stockage provisoire des déchets. La valorisation des déchets a été intégrée dès le début. Aujourd’hui ces sites aux dénommées auparavant décharges d’ordures sont aménagés en centre de valorisation et de transfert des déchets. 

Du coup mon travail évolue puisque je me préoccupe maintenant des questions de tri avec les acteurs de la pré-collecte. J’appuie une unité de pré-traitement des déchets plastiques à Kaolack  qu’on souhaite rendre viable comme entreprise sociale et solidaire.

Tu as encore des défis à relever sur ce poste ?

Mon premier défi avant d’aller vers autre chose est d’arriver à faire monter ce secteur de la pré-collecte vers plus de professionnalisme. Avoir des organisations communautaires   plus formelles  qui fonctionne à l’image d’une entreprise communautaire. On se lance dans la mise en place de coopérative  qui sera constituée des organisations communautaires en charge de la pré-collecte  et donc il faut qu’on arrive à les accompagner  à revoir leur mode de fonctionnement. Il nous faut un exemple qui parte du néant et aboutisse à une entreprise fonctionnelle, réplicable. Ca ça parlerait aux communes et aux bailleurs.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien ?

Plutôt une citation : « tout est possible dans une démarche pluri-acteurs ». Dans le domaine des ordures, on a besoin d’idées ou d’engagements tous simples pour aboutir à quelque chose. Il faut initier les dynamiques avec de petits moyens et ne pas attendre d’avoir un camion nouvelle génération. Tant qu’il y a des hommes et des femmes engagés, on peut se lancer. C’est certes beaucoup d’efforts pour des résultats qui peuvent paraitre petits, mais si l’engagement est là cela vaut le coup.
 

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18/12/2018
Territorialiser les ODD : l'opportunité pour repenser l'ingénierie territoriale ? Interview de Sylvia Rosales Montano

SyIvia Rosales Montano est directrice d'études à l’agence d'urbanisme de l’aire métropolitaine lyonnaise. Elle se spécialise notamment dans la recherche et la prospective territoriale, donc dans les transformations des territoires. Elle travaille actuellement sur la mise en route d’une démarche d’expérimentation ambitieuse 2030 en lien avec les ODD sur la ville de Saint-Fons.

Bonjour Sylvia. L’agence d’urbanisme de l’aire métropolitaine de Lyon accompagne la mise en place d’un Agenda global – 2030 (démarche autour des 17 ODD) pour la commune de Saint-Fons, territoire d’expérimentation. Pourquoi s’intéresser à la diffusion des ODD sur le territoire de la métropole ?

C’est presque un concours de circonstances. Il n’y a pas une décision politique ou technique des agences d’urbanismes en général, ou de la métropole de travailler très directement sur les ODD, même si depuis longtemps le sujet « développement durable » encadre nos réflexions et travaux. Toutefois la signature par la France de cet engagement de durabilité [NDLR : les ODD] permet de sortir de la logique de silos, d’expérimenter des approches, une nouvelle ingénierie territoriale…

C’est ce qui a permis la transformation d’un chantier sur la précarité énergétique des ménages que je conduisais à Saint-Fons. Les habitants et divers acteurs nous encourageaient à aborder la question de la précarité et de la vulnérabilité tout court de certains territoires. Nous avons donc fait évoluer le chantier en réflexion plus transversale. La matrice des 17 ODD nous semblait assez pertinente pour aller dans ce sens.

Les conditions étaient favorables donc ?

Oui, d’autant plus que dans le même temps, la Métropole de  Lyon se posait la question d’une approche nouvelle du « développement durable », par l’entrée « métabolisme territorial ». Cela a donné le lancement d’un Observatoire du développement durable de la Métropole qui, dans sa grande majorité, aborde des problématiques communes avec les 17 ODD.

Pour nous la structuration locale-mondiale des ODD nous semblait pertinente, facile à utiliser. Nous sommes passés d’une approche  « énergie » (ODD n°7) à une approche transversale – hors silos. Et cette approche prend en considération d’une manière ou d’une autre des problématiques sur lesquelles je travaille à l’agence : questions de transitions, des mutations, des crises, des risques.

C’est la raison de cette démarche Agenda 2030 pour Saint –Fons, portée par la Ville, qui est un vrai pari d’innovation en s’essayant à une nouvelle ingénierie territoriale. 

Quel est le rôle exact de l’agence d’urbanisme par rapport aux communes ?

En ce qui concerne le développement durable, le rôle de l’agence – en tant qu’assistants à la maitrise d’ouvrage – est d’informer, sensibiliser et accompagner les territoires de la métropole à se transformer, à évoluer collectivement face aux dynamiques en cours et émergentes. L’approche du risque, de la vulnérabilité permet d’équilibrer la « pensée positive » a priori sur le développement métropolitain.

L’application des 17 ODD aux échelles micro-locales facilite un dialogue entre échelles et rapproche la décision métropolitaine autour d’un regard commun. Elle facilite aussi le rapprochement avec de multiples acteurs privés, économiques, etc. afin de pouvoir aller ensemble, toujours dans la démarche de transversalité et d’universalité. Chaque ODD est une sorte d’objectif a minima, mais c’est aussi un ensemble d’injonctions fortes : devenir sobres, équitables, climato-compatibles, avec des emplois décents pour tous… Quand on veut y répondre, et le cas de Saint-Fons en est une très bonne illustration – les problèmes se posent par paquets (un problème va en toucher un autre etc.).

La transformation se fera donc ensemble et à toutes les échelles. Saint-Fons, c’est un peu une commune qui veut se transformer mais qui ne peut pas, qui n’en a pas les moyens. Il faudra comme pour des tas d’autres communes en France les aider à aller vers où ils veulent aller.

Les objectifs locaux-mondiaux de développement durable 2030, de lutte contre le changement climatique et la transition écologiques (2021, 2024,… 2050) se jouent dès maintenant. Mais ni les ménages, ni les territoires ont la même capacité d’y aller au même rythme. Le rôle d’agences comme la nôtre est donc de les y aider.

L’agence aide donc à la programmation locale ?

C’est une des compétences parmi d’autres, mais qui dans le cas de Saint-Fons se concrétise de manière dynamique. Avec les 17 ODD, on teste une autre manière de travailler, de conseiller, d’accompagner la décision, de visualiser un autre type de programmation urbaine. On produit collectivement des éléments pour changer en orientant aussi les acteurs à travailler ensemble. On facilite une ingénierie d’animation permettant d’aller vers une transformation comme celle de Saint-Fons. C’est une démarche nécessaire, complexe, qui nécessite des moyens humains et financiers considérables. Saint-Fons est dans ce cadre-là une démarche exploratoire, qui pourrait se démultiplier.

Est-ce que les ODD sont compréhensibles et adaptés aux problématiques locales ?

D’une manière générale, nous avons déjà pointé du doigt que la priorisation des objectifs aux échelles nationales n’était pas la meilleure manière de faire les choses, car elle présente des incohérences avec les priorités que peuvent avoir les territoires. Dans de nombreux cas, en Europe comme en Amérique Latine [NDLR : Sylvia Rosales travaille aussi en Amérique Latine], les priorisations à l’échelle n’aident pas à cibler les aides financières, d’ingénierie, etc. sur des problématiques locales complexes. De plus, l’abordage par les indicateurs d’avancement est très critiquable dans le sens s’il n’y a pas eu un lien avec les difficultés de mise en œuvre.

Sur le territoire d’expérimentation de Saint-Fons, l’enjeu n’est donc pas uniquement à la compréhension en soit des 17 ODD, clairs et complexes à la fois. Mais à concrétiser la possibilité, comme c’est le quotidien de l’action publique, d’intégrer que ces 17 ODD sont « pragmatiques », « programmatiques », « transversaux », qu’ils ont du sens dans la vie quotidienne et qu’ils peuvent mobiliser tous les acteurs.

Avant les ODD, il y avait d’autres dispositifs attachés à la planification durable, comme l’agenda 21. Selon vous, qu’est-ce que la démarche autour des ODD apporte de différent ?

Sur la différence de démarche, je soulignerais d’abord que la base est la même : on fait un diagnostic en rapport avec les éléments qui nous intéressent (ici les ODD). Ensuite on entame les réflexions, globalement avec le même cercle que pour construire les agendas 21. Ce qui change le plus c’est la transversalité des objectifs : au lieu d’être uniquement sur l’environnement, on touche tous les domaines. Donc il faut associer tous les services et non pas un service dédié.

Pour les acteurs locaux qui avaient déjà entamé un Agenda 21 cela a été, selon ce que j’ai pu constater ailleurs, assez déstabilisant de passer à une démarche ODD. Certaines communes avaient un Agenda 1 riche et le passage est plus facile. Dans les autres cas, il me semble que les 17 ODD proposent de réfléchir à un « projet de territorial ». C’est le cas à Saint-Fons.

Vous organisez des ateliers pour élaborer un programme d’action 2019 – 2030. Or les ODD ont été signés en 2015. Pourquoi le programme ne commence qu’en 2019 ?

En réalité on a démarré en 2016. Mais on a mis 2 ans presque à acquérir le portage politico-technique. Il a fallu un temps important non seulement d’expertise, mais aussi de sensibilisation, presque de formation-action. En ce sens St Fons a été et reste pionnière. Nous avons présenté nos avancements dès 2016 dans différentes instances (CCRE ; Convergences, ateliers Etat, FNAU…).

Mais on peut quand même dire que les ODD sont restés assez mystérieux jusqu’à très récemment. L’État n’a pas commencé à communiquer (ou faiblement) avant fin 2017, et n’a d’ailleurs toujours pas une communication structurée aux collectivités territoriales sur les ODD.

Dès début 2016, on a commencé les entretiens avec les acteurs locaux. Mais le processus est assez long pour plusieurs raisons. D’abord je trouve que dans un contexte de fragilité publique locale, le « temps d’une mairie » est inadapté au temps de l’innovation, car cela supposerait de disposer des moyens financiers et d’une organisation ad hoc de « recherche-développement public ». Comme dans toutes les mairies comme Saint-Fons et encore plus dans les mairies très fragilisées fiscalement parlant, les capacités techniques sont dépassées par les problématiques de la vie quotidienne locale. Et ce malgré leur performance, la solidarité des agents, leur professionnalité... Le nouvel agenda proposé par les ODD sert aussi de catalyseur et accompagne une nouvelle ingénierie, qui repose sur des équipes et des personnes très pugnaces, très motivées.

Ensuite, il faut reconnaitre que le temps de la transformation est plus long. La mobilisation des acteurs qui n’ont jamais été mobilisés prend du temps. Il faut créer une culture commune. On a dû consulter, puis produire des documents de pédagogie, répéter les actions de pédagogie pour que ça infuse. On a aussi produit des rapports pour avoir des éléments concrets, des benchmarks. Et puis on a lancé de petits tests. L’idée est qu’il faut à la fois convaincre et récolter des éléments, les mettre en perspective, les transformer en programmation,… cela prend du temps.

Mais cela a abouti...

A partir de 2017 on a réussi à concrétiser une vraie stratégie pour montrer qu’une transformation est imaginable, qu’on a des éléments et une vraie démarche. Fin 2017 la mairie a pu nous accompagner dans les instances ministérielles, les agences d’urbanisme. On a mis en lumière un dispositif nouveau et, ce qui est assez marquant, c’est que c’est l’intérêt des acteurs extérieurs qui a poussé les acteurs de Saint-Fons à se lancer. A partir de là, la ville a réalisé avoir quelque chose d’intéressant entre les mains et on a maintenant un portage politique de la démarche.

Les projets qui vont entrer dans ce ou ces dispositifs sont-ils des projets existants que l’on rattache aux ODD ou de nouveaux projets ?

Les programmes et les dispositifs sont nés par le mixage de 3 sortes de projets / actions / démarches.  Il y a des projets existants, mis en place, avec un impact que l’on a pu valoriser  grâce aux ODD. Il y a les autres qui sont en cours et que les 17 ODD permettent d’articuler… et puis il y a les envies et les « bonnes pratiques » ailleurs qui donnent l’échelle des « possibles ».

En 2016, on avait recensé environ 500 actions / projets / démarches que la Ville avait réalisée sur 2 ans! Toutes « 17 ODD compatibles » si l’on veut simplifier, mais de manière dispersée, non articulée, très marqués par la logique de silos. Et presque 500 autres actions / projets / démarches étaient envisageables, souhaitables, nécessaires pour ce développement durable renouvelé non encore « assumé ».

Certaines personnes nous ont dit « ces projets qui existent déjà, pourquoi il faudrait qu’on leur rajoute une couche ODD » ? Nous on leur répond que ce n’est pas une couche supplémentaire mais plutôt une transformation, un passage du projet ou action isolée ou dans un « silo simple » au « programme ou dispositif de transformation », qu’il s’agit d’un gain de transversalité, d’efficacité. Par exemple sur un projet de Maison de la Santé, dans une vision transversale avec les 17 ODD on va leur dire « pourquoi ça ne serait pas santé et bien-être » ? Et là on peut réfléchir à tout un dispositif qui va toucher au stress, à l’alimentation, à la médecine mobile à domicile pour ceux qui veulent donner leur sang chez eux plutôt qu’à l’extérieur, etc.

Vous parliez tout à l’heure de l’observatoire du développement durable de la métropole. Quel est le niveau d’avancement des autres communes sur les ODD ?

L’Observatoire n’a pas encore été publié pour un large public, mais il existe et est en cours d’appropriation interne. Ce n’est pas un Observatoire « 17 ODD » mais on va quand même pouvoir faire des liens directs. Il me semble que la Communauté Urbaine de Bordeaux (Métropole de Bordeaux) va lancer un observatoire métropolitain totalement 17 ODD compatible. 

Sinon, en ce qui concerne proprement les 17 ODD ma connaissance, il n’y a que Saint-Fons qui a mis en place une vraie démarche stratégique qui concerne les 17 ODD et la transformation qui est liée sur notre territoire. Et je pense qu’à l’échelle nationale la ville reste pionnière.

Les autres communes ne veulent pas participer ?

Comme je le disais plus tôt, les stratégies de communication et démarches pour faire redescendre les ODD au niveau des territoires sont émergentes. Il y a une « communauté des ODD » en cours de concrétisation avec certaines DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), le Cerema. Je pense qu’en Aquitaine ils sont plus avancés. Mais le travail est surtout autour des indicateurs.  Reste à se poser la question sur les moyens que l’État pourrait mettre pour accompagner les démarches de développement durable 2030 autour desquelles il s’est engagé auprès des Nations Unies. Cette question se pose pour une très grande majorité des pays. Je sais que l’Allemagne, la Suisse, voire la Belgique si je ne me trompe pas ont une approche plus dynamique.

Comment les habitants de Saint-Fons sont impliqués dans cette démarche de transformation ? Y a-t-il un mode de gouvernance particulier ?

C’est un point de travail qu’il faudra aborder autrement. On a eu les habitants « en direct » à deux reprises. Lors d’ateliers sur la précarité énergétique, en entretiens exploratoires. Mais on a aussi recensé les besoins via des personnes et dispositifs ressources : enquêtes de Bioforce, retours des chefs des projets de la politique de la ville, retour des techniciens et des responsables associatifs… idem des porteurs d’idées, en 2015 et 2016. Mais la question de la « consultation citoyenne » reste un débat. Qui est le « citoyen » légitime ? Celui des associations ? Comment intégrer le citoyen non résident ? Celui qui utilise et conditionne les actions aussi par l’usage de la ville. Il faut l’intégrer aussi. Nous préconisons une démarche de validation et de compléments avec un dispositif type conseil de quartiers mixte : habitants, commerçants, employés, etc.

La démarche est de lier les ODD entre eux à travers le projet de territoire. Vous avez d’ailleurs plusieurs fois évoqué l’idée de « ne plus travailler en silos ». Comment la commune travaille-t-elle en interne pour favoriser un portage collectif par plusieurs services?

Pour le moment les équipes travaillent encore en silo, mais on a mis en place 4 ateliers en 2018 de travail croisé, et aussi des multiples réunions inter-directions. On a mis du temps, mais on parle aujourd’hui des questions stratégiques, on a un chef de projet, une direction porteuse pour tous, un DGS aussi porteuse.

Il s’agit aussi des ateliers mixtes : ville et l’agence d’urbanisme, ouverts peu à peu à la Métropole, à la mission Vallée de la Chimie, etc.

Après il faut être clair, on se heurte à pas mal de problèmes de portage technique, mais c’est normal. Les transformations de fond sont difficiles, les agents « n’ont pas le temps » ou ils sont « déstabilisés » par cette approche d’un fonctionnement plus transversal car cela modifie leurs pratiques. Mais on a réussi plein d’autres choses et le portage de la Maire est essentiel.

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18/12/2018
Formation d'un sous groupe de travail sur la territorialisation des ODD dans le Réseau

En septembre 2018, un premier groupe de professionnels du Réseau des Praticiens du Développement s'est formé autour de la question des ODD (CoP). Une cinquantaine de personnes ont participé au MOOC de l'UVED "Objectifs du Développement Durable, ensemble relevons le défi". Mi-décembre, un sous-groupe d'une petite quinzaine de professionnels ayant participé à ce MOOC a décidé de se lancer dans une dynamique de production pour contribuer à la territorialisation des ODD.

Ce petit groupe de travail doit permettre de passer d'une phase d'acculturation - développer des bases communes de connaissance et de compréhension des ODD - à une phase de production, avec deux objectifs qui ont été ciblés et doivent être détaillés par les membres :

  • Objectif 1 : produire un document synthétique sur les enjeux très concrets pour les territoires et les organisations de s'approprier les ODD, et les changements que cela peut apporter au niveau local.
  • Objectif 2 : produire des fiches complémentaires sur les ODD correspondant aux champs de travail des membres, afin de pouvoir aider des décideurs (de collectivités, d'organisations de la société civile...) à se poser les bonnes questions pour contribuer à l'atteinte effective des ODD d'une part, faire des liens et identifier les connexions et synergies fortes entre ODD d'autre part.

Le travail devrait débuter deuxième moitié de janvier après la première réunion de cadrage (à distance) dont la date est en cours de programmation. Les membres du groupe sont déjà en contact entre eux mais n'ont pas encore affiné collectivement les contours de ces objectifs qui peuvent encore évoluer. Il est tout cas prévu que le travail s'étale sur plusieurs mois.

Les productions seront partagées dans un premier temps à la CoP puis à l'ensemble du Réseau afin de pouvoir en tester l'utilisation avant plus large diffusion. L'autre objectif de ce groupe étant de pouvoir contribuer à la montée en compétence des membres pour faire la jonction entre leur expertise (programmation, animation du territoire, maitrise d'ouvrage dans un secteur particulier etc.) et les nouveautés apportées par les ODD. Ce lien et cette "confrontation" doivent aussi contribuer au débat plus global sur l'adaptabilité et la diffusion des ODD au niveau local dans des contextes variés.

Pour en savoir plus sur le groupe, prendre contact avec Saïdou Hassane saidouhassane[at]yahoo.fr

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18/12/2018
Une délégation de la Région Auvergne Rhône-Alpes a rencontré les membres du Réseau au Sénégal

9 membres du Réseau des Praticiens du Développement travaillant au Sénégal ont pu échanger avec une délégation de la Région Auvergne Rhône-Alpes (incluant le Président de Région) lors d'une rencontre avec des professionnels du Sénégal ayant été formés en France, dans différents centres de formation. Une rencontre qui permet de rendre le Réseau plus concret et a donné quelques idées aux membres présents.

La rencontre a notamment permis de valoriser les actions mises en oeuvre individuellement par des membres du Réseau pour contribuer au développement du Sénégal. D'une manière plus collective, elle a permis de rendre visible et valoriser l'existence d'un réseau qui se "matérialise" sur le territoire et de se donner une chance d'être plus visible pour ouvrir des collaborations avec la Région Auvergne Rhône Alpes, qui soutient par ailleurs régulièrement des Ateliers du Réseau et des bourses pour des études en développement local au CIEDEL.

De manière très concrète, les membres sénégalais se sont vus aussi vu proposer :

  • la mise à disposition d' un espace de travail pour se réunir dans les locaux de Campus France
  • de participer à la mise en place d'un groupe pour réfléchir sur l'organisation  "des anciens" ayant étudié en Region Auvergne-Alpes, potentiellement porteur d'idées

Outre ces différents acquis, les échanges ont permis de faire ressortir le potentiel que peut avoir le Réseau comme déclencheur de changements sur le territoire et d'opportunités pour les membres, particulièrement lorsqu'il arrive à se structurer autour d'un territoire et/ou de thématiques d'action.

Pour en savoir plus sur la rencontre, il est possible de s'adresser à Charles Ndiaye qui coordonne le Réseau au Sénégal.

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08/10/2018
La première communauté de pratiques (CoP) du Réseau fonctionnelle

Une cinquantaine de membres du Réseau s'est inscrite pour participer à une communauté de pratiques expérimentale sur les ODD, début septembre. Après avoir suivi un MOOC simultanément sur 4 semaines, plusieurs membres se sont réunis (à distance) pour évoquer la suite et commencer à travailler sur la thématique. La coordination de la CoP est assurée par Saïdou Hassane, membre situé au Burkina Faso.

Chaque membre de la CoP a été incité à suivre le MOOC de l’UVED Objectifs du Développement Durable, Ensemble relevons le défi (le dispositif pédagogique du MOOC n’est pas assuré par le Réseau des Praticiens ni par le RAFOD mais s’inscrit bien dans les objectifs de la CoP). Le MOOC devait donner du contenu et matière à réflexion aux membres pour :

  • Se donner une culture commune sur les ODD (enjeux, valeurs, fonctionnement...)
  • Échanger sur la place des ODD dans les pratiques actuelles et futures des membres

Pour permettre aux membres d’échanger entre pairs, un dispositif de communication a été mis progressivement en place, s’appuyant essentiellement sur les outils les plus utilisés par les membres à titre individuel, ou les plus simples :

  • Un groupe Whatsapp Cop ODD, qui doit faciliter des échanges rapides entre les membres, ou du débat (mis en place dès le début) ;
  • Une liste email, pour les échanges d'informations plus longues ou plus importantes (mise en place au bout de 10 jours) ;
  • Un email pour répondre aux problèmes techniques (10 jours) ;
  • Un portail en ligne accessible en continu qui permet de donner les informations pratiques, événements à venir, l’historique, et surtout de rassembler toutes les ressources et productions utiles à la CoP. Bref, le “bureau” de la CoP.

Une rencontre à distance pour faire un point et trouver comment l'on peut travailler ensemble

Le suivi du MOOC et la mise en place de ces outils n'était cependant qu'une première étape pour permettre à des membres de travailler ensemble. Pour se projeter sur la suite, une première rencontre en direct et à distance a été organisée par Saïdou et le RAFOD par Skype, avec quelques membres disponibles. Le groupe a ainsi pu faire connaissance, échanger de premières impressions sur la situation des ODD dans leurs pays respectifs et leur propre rapport à ces ODD.

Les participants ont aussi posé quelques hypothèses pour la suite, notamment pour pouvoir travailler sur la localisation des ODD au niveau des territoires. Si plusieurs participants étaient intéressés par une approche thématique sur quelques ODD (11 inégalités,16 paix, justice et institutions efficaces,17 partenariats pour la réalisation des ODD), c'est pour l'instant la piste d'un travail d'appui à une dynamique de localisation des ODD sur un territoire qui est en discussion. Des contacts avec des organisations ou des personnes ressources travaillant sur les ODD à l'extérieur du Réseau sont aussi en discussion.

De nouvelles rencontres devraient être proposées par la suite pour pouvoir affiner, faire avancer et partager la thématique de travail.

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08/10/2018
Prospective métier : document de travail disponible

L'atelier de prospective sur les futurs des métiers du développement, organisé par le RAFOD en juin avec l'appui technique du CIEDEL et l'appui financier de la Région Auvergen-Rhône-Alpes, a rassemblé une vingtaine de participants sur 5 jours. Un document a été produit pour rassembler les productions et la méthode de cet atelier, qui est à la fois une base de travail et de renforcement.

 Télécharger le document de prospective

Comme dans la plupart des cas en prospective, le temps d'atelier (donc de rassemblement en présentiel) est un point de départ pour un travail complet qui peut durer jusqu'à 2 ans selon les cas. L'atelier de juin a servi aux participants à expérimenter la méthode et à déffricher ensemble le terrain, en posant un certain nombre de constats et d'hypothèses à étayer par la suite.

Le document produit regroupe à la fois le descriptif des principes, des enjeux et de la méthode de prospective adoptés pendant cet atelier, et les principales productions réalisées. Il intègre aussi un certain nombre de notes sur la démarche, qu'elles soient celles de la coordinatrice de l'atelier (Catherine Delhaye, CIEDEL), des participants, ou de Philippe Durance (expert en prospective, Cnam) qui était invité à réagir en fin d'atelier.

Le document est amené à évoluer, notamment dans sa partie production (partie 5). Un certain nombre de fiches (fiches acteurs...) sont encore à réaliser, et il est nécessaire de vérifier ou d'approfondir un certain nombre d'éléments et d'hypothèses pour pouvoir proposer des scénarios crédibles pour l'évolution à 35 ans des métiers du développement.

Les participants à l'atelier et autres membres du Réseau intéressés par la prospective seront invités à participer à la suite du travail de prospective, qui sera coordonnée par Parfait Randrianitovina (membre du Réseau) - possibilité d'annoncer son intérêt dès maintenant au RAFOD, gbelsoeur@rafod.org. Avec deux objectifs en ligne de mire : des retours d'expérience sur les travaux de prospective sur les territoires des participants ; et l'approfondissement du travail de prospective sur les futurs des métiers du développement.

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05/10/2018
Focus acteur : Marie-Loup Fall-Guérin, directrice d'une structure d'appui aux professionnels du développement local

Marie-Loup Fall-Guérin a travaillé au RAFOD, pendant 17 ans, dont plusieurs années au poste de directrice. Un poste depuis lequel elle a pu suivre et contribuer à l’évolution du Réseau des Praticiens du Développement, avec un œil interne (elle a été formée au développement local au CIEDEL) et un œil externe (son activité n’est pas liée à un territoire). Ce focus acteur a été réalisé quelques jours avant que Marie-Loup ne quitte la direction du RAFOD et intègre de ce fait « à part entière » (c’est-à-dire avec la casquette d’acteur du développement) le Réseau des Praticiens du Développement.

Bonjour Marie-Loup. Peux-tu nous dire ce qui t’as amené au RAFOD, il y a 17 ans ?

Le RAFOD, qui était encore une jeune structure créée à l’initiative du CIEDEL[1], me connaissait bien car j’étais étudiante au CIEDEL de 1998 à 2000. A l’époque le RAFOD bénéficiait d’une possibilité de créer un emploi jeune, et il leur fallait trouver quelqu’un qui avait moins de 25 ans, ce qui était mon cas.

Je suis arrivée jeune dans la formation du CIEDEL, après avoir été formée au travail social communautaire au Sénégal, à l’École Nationale des Travailleurs Sociaux et Spécialisés. J’avais donc un Bac +3 et je voulais continuer mes études en France pour avoir un diplôme reconnu en France. Au centre de documentation de l’ambassade de France au Sénégal, j’ai trouvé la plaquette du CIEDEL et je me suis dit « c’est ça que je veux faire ».

J’ai postulé mais d’abord j’ai été refusée car je n’avais pas d’expérience professionnelle. J’ai insisté en disant que c’était la formation que je souhaitais faire car c’était la plus proche du travail social communautaire, un concept qui vient du Canada mais n’existe pas en France. Ils m’ont pris à l’essai, peut-être parce que je leur ai dit que sinon je devrais aller faire de la socio à la fac. Finalement je suis resté 20 ans...

Tu es donc « tombée dans le développement local » jeune. Pour toi c’est quoi le développement local ?

La phrase qui me semble la plus juste c’est « le Développement Local, c’est faire en sorte que le ciel ne nous tombe pas sur la tête ». Elle est d’ailleurs affichée sur le site du RAFOD. Plus concrètement, je pense que c’est s’organiser sur un espace donné, ce qui correspond en général à ce qu’on appelle un territoire, en essayant de prendre en compte toutes les parties prenantes pour que les choses fonctionnent bien et que les habitants s’y épanouissent.

Qu’est-ce qui t’as séduit dans cette vision/approche ? D’ailleurs c’est une vision ou une approche ?

J’estime que c’est les deux. Ce qui m’intéresse le plus c’est que le développement local a un côté concret, réel et réaliste. On peut rattacher directement la situation locale à des dynamiques collectives dont elle est en général le résultat. Ce sont ces collectifs (au sens large du terme) ou cette absence de collectifs qui ont la responsabilité de la situation. Dans une approche développement local, on ne peut pas dire « c’est la faute des autres, des entreprises, des politiques, des habitants... ». Le fait est que chacun est responsable de ce qui le concerne mais ça ne marche que si tout le monde est pris en compte. C’est ça qui m’a attiré et continue à me motiver dans le développement local.

J’aime aussi le côté généraliste : souvent les gens qui bossent dans le développement ont d’abord une approche disciplinaire ; moi je n’ai pas cette approche, mais plutôt une vision transversale.

Pourquoi travailler dans une structure d’appui et non pas dans une structure de terrain, une ONG ou une collectivité territoriale par exemple ?

En fait, je n’ai pas vraiment « choisi » de travailler dans une structure d’appui. Au départ c’est une opportunité, j’ai eu une proposition à peine sortie du CIEDEL. Ceci dit je n’ai pas choisi par hasard : quand j’étais étudiante au CIEDEL, je voyais le trio CIEDEL-RAFOD-RESACOOP comme une boite qui fonctionnait bien, mais je ne comprenais pas comment ça fonctionnait de l’intérieur. J’étais très intéressée pour travailler dans cette boite et voir, justement, quels mécanismes il y a avait à l’intérieur.

Une fois lancée, le premier poste que j’ai eu était très administratif. Il correspondait très peu à ma formation. Au bout de quelques temps je « m’ennuyais » un peu sur ce poste mais j’étais intéressée par la dynamique de l’équipe, les réflexions de fonds posées en interne sur le développement local... on en revient aux dynamiques collectives.

Et puis après je suis montée en responsabilité et j’ai eu la possibilité de mettre en place d’autres choses (monter des dispositifs de mobilité par exemple). Ca demandait beaucoup plus d’autonomie, de créativité. Et puis au départ de Gilbert GRAUGNARD j’ai eu le poste de direction, donc j’ai toujours évolué.

Mais je n’ai pas le sentiment d’avoir travaillé directement « dans » le développement local.

Ce n’est pas paradoxal pour la directrice du RAFOD ?

Je vais essayer d’être plus claire : je travaille dans le secteur du développement local mais je n’ai pas de mission de terrain, je ne travaille pas sur un territoire donné. Donc je ne me sens pas directement compétente sur le développement local – ce qui n’empêche pas que je m’intéresse à toutes ces thématiques et que ça me permet de garder plus de recul, ce qui est parfois utile.

C’est sans doute paradoxal et cela me fait parfois défaut de ne pas avoir meilleure connaissance de ce qui se passe sur les territoires. C’était peut-être l’un des points faibles de ce poste. C’est via les échanges avec les collègues ou les membres du Réseau que j’avais une idée de ce qui se passait.

L’une des missions que s’est donné le RAFOD est de « renouveler les modèles et approches du développement ». Comment tu as organisé le RAFOD pour cela ?

Il y a 17 ans, le RAFOD c’était d’abord de la gestion de bourse. Petit à petit à partir de mon arrivée, on a commencé à travailler avec le Réseau, en dépassant le petit bulletin papier bi-annuel pour organiser des ateliers notamment.

A partir de 2013, il y a eu une réflexion importante sur le Projet du RAFOD. On a décidé dans cette réflexion de remettre le Réseau au centre de la mission du RAFOD. C’était l’un des moyens qui semblait efficient pour travailler sur le renouvellement des modèles et des pratiques. Pourquoi voulait-on faire cela ?

On fait tous le constat que les modèles de développement ne sont pas aussi efficaces qu’on le voudrait ; pour autant on n’a pas de solution miracle, on tâtonne.  En gros on a considéré que tâtonner c’était bien, mais que ça devait se faire dans le cadre des pratiques.

Pour les modèles, j’estime que c’est en réfléchissant avec les acteurs qu’on peut identifier les modèles et les enjeux, à partir des réalités vécues. Pour les pratiques c’est évident, parce ce sont les professionnels des territoires qui vont les mettre en place, donc il faut qu’ils contribuent à les réfléchir et porter les nouvelles pratiques.

Après, par rapport à cet objectif ambitieux, je pense qu’il faut être vigilant : est-ce que notre action quotidienne sert notre ambition réelle ? Le Réseau peut en juger plus objectivement que moi. C’est difficile pour tout le monde de réfléchir et prendre du recul quand on a le « nez dans le guidon ». De mon point de vue, on a plus participé au renouvellement de pratiques que de modèle. Les modèles, on les aborde vraiment dans In’Co qui, quelque part, est l’aboutissement de toute cette progression.

Pourquoi In’Co est arrivé à ce moment justement ?

C’est la logique chronologique de l’activité que j’ai pu avoir avec le Réseau. En 2016, le RAFOD on a perdu des financements. On s’est dit « qu’est-ce qu’on fait avec le réseau » ? Du coup, on a fait un état des lieux et c’est en grande partie à partir de cet état des lieux et des réflexions qu’on a pu avoir en équipe ou avec quelques membres qu’on a construit In’Co et la vision qui va avec.

Pour être le plus honnête possible, je dirais que la question des Transitions n’est pas venue du Réseau sous cette forme. Mais le Réseau avait mentionné qu’il avait besoin d’être renforcé sur l’accompagnement des dynamiques de changement et d’être alimenté sur les grands enjeux du développement. Je pense que le programme In’Co va complètement dans ce sens.

Quelles qualités il faut avoir pour être directrice du RAFOD pendant 17 ans ?

C’est difficile comme question. Une autre personne aurait peut-être mis d’autres qualités dans ce poste. Je pense qu’il faut être autonome, toucher à tout, être capable de s’adapter aux opportunités. Ma créativité m’a servi parce que ce que j’ai mis en place, je ne l’ai jamais appris en tant que tel. J’ai toujours cultivé ce côté un peu décalé.

La question de la relation personnelle est aussi très importante pour moi dans ce poste, notamment avec les membres du réseau. Il faut être attentif à chacun des membres mais aussi au collectif. Il faut pouvoir déclencher l’envie de travailler ensemble donc l’enthousiasme, l’implication sont aussi importants.

Je pense qu’il faut avoir aussi un peu de vision sur les enjeux du développement, donc être curieux, écouter ce que nous remontent les membres et ce qui se dit au CIEDEL ou ailleurs. Enfin, il faudrait de la rigueur sur certains aspects ; ce n’est pas ma première qualité, mais je ne travaille pas seule donc ça va.

En 17 ans, ton travail a dû changer et l’environnement aussi : qu’est-ce qui a évolué ?

Les modalités de financement du développement ont énormément évolué. L’accès au financement me semblait plus facile il y a 17 ans.  Il n’y a quasiment plus de dispositifs de bourses institutionnels, on voit qu’on doit accompagner des personnes qui financent elles-mêmes la formation ou qui le font par des dispositifs de financement plus privés que l’on ne voit pas forcément.

J’ai aussi l’impression qu’il y a des choses qui bougent en Afrique : l’accès à l’info, des avancées sur les questions d’accès aux droits fondamentaux, aux besoins de base. Il y a sans doute aussi des innovations, des choses qu’on ne voit pas, par exemple au niveau des financements. Et certainement aussi des points plus sombre… je pense notamment à la corruption. Ce n’est pas forcément facile pour moi de répondre, aussi du fait de mon éloignement du terrain.

Côté enjeux, la question des transitions et notamment les enjeux environnementaux sont devenus prépondérants aujourd’hui. Avant c’était important, aujourd’hui c’est crucial...

Et puis dans mon environnement professionnel direct, il y a beaucoup plus de « multi-tâche ». Il y a un besoin de gérer l’information différemment. Il y a 17 ans ça passait déjà par mail mais le papier restait important. On prenait le temps de lire chacun son tour des documents. Je me souviens qu’on mettait des petites croix pour dire qu’on avait lu avant de le passer aux autres. Aujourd’hui il faut lire plusieurs newsletters par semaine ! Et encore moi je ne suis pas les réseaux sociaux alors que je pense qu’il faudrait le faire. Il faut dire qu’il y a 17 ans, mon poste ne demandait pas non plus que je suive de près les actualités institutionnelles.

Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail ? Que retiens-tu ?

J’aime la dynamique collective de l’équipe CIEDEL et les relations avec le Réseau, l’animation du réseau.

Ce qui m’a le plus marqué c’est la construction d’In'Co. On est partis du diagnostic collaboratif, de l’analyse des enjeux pour monter un projet ambitieux, qui pour moi tient la route. Je pense qu’on peut être fiers de ce projet qu’on a monté et qui propose un vrai changement, une ambition.

Je suis aussi très marquée par la méthode prospective  et du coup j’étais vraiment contente qu’on puisse organiser un atelier pour faire bénéficier le réseau de cette démarche. J’ai considéré ça comme un privilège. Ca va au-delà de la méthode, particulière, on parle vraiment d’enjeux futurs et on essaye d’avoir une posture  en  « décalage intellectuel »…  .

Est-ce qu’il y a des choses que tu aurais aimé faire différemment, avec le recul ?

J’aurais aimé pouvoir aller plus loin dans le travail stratégique avec le réseau, peut-être qu’on puisse aller un peu plus vite. Mais ça va venir ! Je ne suis pas du genre à penser qu’il aurait fallu faire autrement, c’est trop facile a posteriori. Il vaut mieux corriger le tir et avancer.

Quels sont tes grands défis dans les mois à venir ?

Pour moi il faut que j’arrive à concilier repositionnement professionnel et prise en compte des enjeux des transitions. C’est-à-dire trouver un poste intéressant, dans lequel je vais pouvoir m’épanouir, être utile en ayant l’impression de contribuer à mettre en place des solutions aux problèmes sociétaux actuels. Donc être réaliste mais viser haut.

Plus terre à terre mon premier objectif c’est de trouver une formation pour répondre à cet objectif, qui va me donner des compétences et qui pourront s’intégrer dans un travail.

Pour finir une lecture ou un auteur que tu recommanderais à tes collègues du Réseau des Praticiens du Développement ?

Je pense à Reinventing organizations de Frédéric Lalou. En plus il a fait des vidéos donc on peut rentrer dedans par ce biais. Il a fait le tour d’une vingtaine d’organisations qui fonctionnent en gouvernance partagée (il appelle ça le mode « opale »). Il a réussi à comprendre comment et pourquoi ça fonctionne si bien. C’est une vraie transformation des dynamiques collectives au sein des organisations quelles qu’elles soient… et des postures individuelles.

Je suis aussi en train de finir Utopie Réaliste, dans l’esprit des transitions. Le livre montre avec des exemples très concrets qu’on peut faire différemment, que des choses qui peuvent sembler utopistes sont en fait très réalistes une fois rentrées dans les mœurs : revenu universel, semaine de travail de 15h... La démocratie pouvait sembler complètement utopiste en 1700 mais parait évidente aujourd’hui. Il y a juste le chapitre sur l’aide internationale sur lequel je ne suis pas trop d’accord, que je trouve trop simpliste.

Sinon une de mes lectures phare est Jonathan Livingston le Goéland de Richard Bach. Il n’hésite pas à se démarquer de tous ses collègues goélands dont le seul but est de trouver à manger. Lui son objectif est de maitriser son vol, quelque chose qui parait complètement inutile voire impossible aux autres. C’est une œuvre très poétique et très profonde.



[1] Le RAFOD a été créé par le CIEDEL pour piloter des dispositifs de bourses afin de faciliter l’accès aux formations professionnels en développement local aux publics défavorisés. Le RAFOD a ensuite développé ses d’autres objectifs, notamment de contribuer à faire évoluer les modèles et pratiques de développement à travers le Réseau des Praticiens du Développement.

 

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05/10/2018
La participation au cœur de la gouvernance locale. Point de vue de Parfait Randrianitovina

Parfait Randrianitovina est Directeur Adjoint du projet Développement communal inclusif et décentralisation mené par la GIZ (Coopération Allemande pour le Développement) à Madagascar. Il est aussi membre du Réseau des Praticiens du Développement. Il a développé une expertise de terrain sur la gouvernance locale en travaillant pendant plus de 15 ans comme expert gouvernance locale pour la Coopération Suisse à Madagascar et au Mali à Sikasso.

Bonjour Parfait. Tu as travaillé pendant 15 ans comme expert en gouvernance locale. Quelle est ta définition de la gouvernance locale ?

Pour moi la gouvernance locale se mesure par la capacité des acteurs locaux à se doter de systèmes de représentations, d’institutions, de processus, de corps sociaux, qui sont certes différents mais connectés, pour se gérer elles-mêmes dans un mouvement volontaire.

La gouvernance locale concerne le processus de prise de décisions des mesures à prendre et des moyens à mobiliser pour la promotion du développement local et de la mise en œuvre de ces décisions.

Au niveau local les citoyens et leurs institutions ont la capacité de se doter des différents outils pour que les processus et les projets soient acceptés par tous, suscitent la confiance, et donc fonctionnent. Pour cela la gouvernance locale s’articule autour de 5 piliers : transparence/ redevabilité, participation, efficacité/efficience, inclusion/ équité, état de droit.

Si la participation n’est que l’un de ces piliers, il est clair que plus on implique les citoyens et les différents acteurs dans les processus de décision, plus il y a des chances qu’ils suivent dans la mise en œuvre. Il doit donc y avoir un mécanisme de consultation avant la prise de décision mais aussi après la décision pour le suivi. Le but est d’utiliser les ressources du territoire de manière optimale, dans le respect du droit, et qu’à la fin, les citoyens soient satisfaits des services délivrés.

Pourquoi des organisations, et notamment la Coopération Suisse ou Allemande, mettent en place des programmes sur la gouvernance locale ? En quoi c’est important ?

En Suisse et en Allemagne, la gouvernance locale est très importante. En Suisse le pouvoir se joue dans les communes et les cantons. Le régime présidentiel fort n’existe pas. C’est un peu la même chose en Allemagne avec les Länder (divisions administratives) dans lesquelles la répartition des pouvoirs se joue. L’État central joue surtout un rôle fort pour les enjeux internationaux et la représentation.

A Madagascar et au Mali, on a un système de gouvernance où la hiérarchie dans l’administration publique est forte et le Président puissant, mais le pays est faible. La constitution permet au Président de tout gérer, sans avoir besoin de consulter les citoyens. La politique de décentralisation appliquée depuis 25 ans n’est pas encore achevée : à Madagascar, seule la commune est opérationnelle.

Il manque la volonté politique, mais aussi les ressources et les compétences qualifiées et c’est pour cela que ces organisations s’investissent pour promouvoir le développement local à travers l’amélioration du niveau de la gouvernance.

Concrètement, quelles sont les briques à mettre en place pour améliorer la gouvernance locale ? Sur quels aspects se penche un programme comme SAHA, ou MATOY ?

On travaille sur 4 aspects :

·         D’abord les finances locales car si les ressources en manquent, le système ne fonctionne pas. On étudie tout ce qui est mobilisable au niveau local : impôts locaux, partenariat local, apports bénéficiaires, la commune est la base mais les acteurs locaux sont concernés ;

·         On travaille spécifiquement avec le secteur privé et les acteurs économiques, qui vont amorcer le développement économique local. On essaie de faire en sorte que les conditions cadres leur soient favorables : accès aux crédits, accès au foncier, transport urbain, sécurité publique, assainissement de la vie, marchés structurés, ….

·         On travaille ensuite sur la délivrance de services de base. Cela va de pair avec le paiement des impôts : si les services de bases ne sont pas satisfaisants, les citoyens ne comprennent pas pourquoi on continue à payer les impôts ;

·         Enfin, on renforce les institutions, que ce soit les CT, les organisations de la société civile, l’administration publique. On travaille sur la coopération locale entre ces entités mais aussi la coopération verticale car souvent au niveau local on n’a pas la main sur tout, les compétences sont partagées (par exemple, la commune gère les écoles primaires publiques, la Région gère  les lycées, le Ministère sectoriel gère les enseignants, le calendrier scolaire et le contenu pédagogique...).

Pour suivre l’évolution de la qualité de la gouvernance locale, nous avons développé l’outil « indice de gouvernance locale (IGL) » qui propose pour chaque critère un score de 0 à 10 et qu’on fait chaque année pour permettre aux communes de disposer d’un plan d’action d’amélioration de la gouvernance locale.

L’IGL est une série de questions détaillées sur la gestion communale en lien avec les piliers de la gouvernance locale. Il s’agit de vérifier s’il y a une bonne application des valeurs et principes de la gouvernance. Par exemple est-ce que le budget communal est affiché, communiqué aux citoyens ? Est-ce qu’un mécanisme d’accès aux informations est disponible ? Est-ce que les procédures et les conditions d’accès aux services sont affichées ? Est-ce que la commune applique le standard de service ? Etc…

A quelle échelle met-on en place la gouvernance locale ?

Pour moi on est dans une logique de gouvernance locale quand les citoyens peuvent participer individuellement et directement dans les affaires publiques. Donc c’est au niveau de la base, des communes.

Au niveau d’une Région il s’agit de la gouvernance territoriale, avec une représentation informelle des habitants comme par exemple les organisations de la société civile. Au niveau national, on est plus dans la représentation élective, donc de la gouvernance politique. Il faut d’ailleurs aussi considérer aujourd’hui la gouvernance internationale, avec par exemple des pays qui mettent en commun des ressources pour travailler sur un enjeu. C’est le cas de la Commission Océan Indien (dont fait partie Madagascar) pour mieux protéger les ressources de la mer (économie bleue), ou de l’UE avec comme enjeux la gestion des migrations ou de la monnaie unique.

Tous ces systèmes sont utiles, mais tous ne permettent pas l’implication des citoyens.

Est-ce que les actions d’amélioration de la gouvernance locale diffèrent beaucoup selon les pays ?

Le système ne change pas mais l’implémentation dépend de la culture, de l’histoire, et aussi je crois du niveau de développement et des expériences de participation citoyenne du territoire. Ce n’est pas pareil de travailler avec des citoyens comme au Brésil qui ont une plus grande habitude de redevabilité, qu’à Madagascar où le système était plus monarchique, où les gens n’osent pas poser des questions ni de participer de façon volontaire dans la gestion des affaires publiques. Ce qui signifie que les piliers sont le standard mais la priorité d’actions change d’un Pays à un autre. Avec une commune qui a des ressources financières, c’est le travail lié à l’efficience qui prime, alors qu’avec une commune « pauvre », il va sans doute falloir travailler d’abord sur la mobilisation des ressources.

On parle parfois de gouvernance locale inclusive, ou de participation. Qu’est-ce qui se cache derrière ces mots. A qui demande-t-on de participer et pourquoi ?

En fait gouvernance locale, c’est le terme générique qui englobe les autres. Parfois on rajoute « inclusive », ou « démocratique » car on n’a pas assez insisté sur ce point, qu’on veut travailler spécifiquement sur un aspect. Mais normalement, tous ces aspects sont inclus dans la gouvernance locale.

La participation est l’un des piliers. C’est sans doute celui sur lequel on a le moins d’expérience et sans participation, l’abus de confiance dans l’utilisation des deniers publics est accentué ; les citoyens n’ont pas toujours la force et capacité de contrôler leurs dirigeants, de dénoncer des élus corrompus.

Les élus ne perdent-ils pas de leur légitimité et leur rôle lorsqu’ils doivent partager les clés du camion avec d’autres acteurs ?

Les élus restent les décideurs dans la plupart des cas. Mais en dialoguant avec les citoyens, ils sont à la recherche des informations pour bâtir les arguments. Cela leur permet d’asseoir une décision pertinente qu’ils peuvent argumenter et défendre. Je dirais à ce titre que le travail du politicien est à 80% dans l’écoute des citoyens.

Les citoyens donnent leurs avis, influencent les décisions mais au final, ce sont les élus qui prennent les décisions. Il faut échanger dialoguer convaincre, négocier car si on fonce sans considérer les intérêts d’une minorité, il y a des chances qu’on en paye le prix.

Les habitants peuvent-ils vraiment participer à la gouvernance locale lorsqu’ils sont préoccupés par leur situation quotidienne ?

En fait, les gens vraiment concernés se prononcent. Le cas de l’aéroport Notre Dame des Landes en France, c’est exactement ça : ceux qui se sentent le plus concernés, automatiquement ils vont aller mener les débats, récolter des informations. D’autres pour qui avoir un aéroport ou une forêt ne change pas la vie ou qui n’ont pas le temps de s’impliquer vont simplement s’informer et peut-être donner leur avis quand on leur demandera.

La participation reste une invitation. Ceux qui ne veulent pas aller plus loin font confiance aux autres. Ceux qui le peuvent vont aussi répondre à des questions consultations. Si les intérêts sont là, les citoyens participent aussi aux réunions et débats publics. Les plus investis vont contrôler l’élaboration du budget et sa mise en œuvre.

Est-ce que les nouvelles technologies ont modifié les dispositifs de gouvernance locale à Madagascar, notamment la relation institutions / citoyens ?

Je dirais que pour nous c’est le nouveau défi. Nous avons identifié qu’il est temps de valoriser les technologies de l’information et de la communication pour permettre aux collectivités d’être plus efficaces en terme de délivrance de services. La vérité c’est que tout le monde a un smartphone ou un cellulaire. Désormais au bureau communal on a les moyens d’envoyer aux citoyens des informations et de leur demander de réagir. Avec l’e-gouvernance, on peut rendre plus intelligente la gestion des affaires publiques, ce qui impliquera de pouvoir centraliser l’information dont les citoyens peuvent avoir besoin et de leur permettre d’y chercher les informations.

J’en profite pour parler du deuxième défi ou changement récent pour la gouvernance : les ODD. On a la chance d’avoir les ODD pour cristalliser des enjeux mondiaux ; on considère maintenant le monde comme un village. On veut gérer ensemble des ressources et je pense que c’est une chance au niveau local. La commune peut non seulement travailler à l’allocation et l’utilisation des ressources au niveau local, mais aussi prétendre de contribuer à l’atteinte des ODD. Je dirais donc que ces objectifs communs facilitent le développement d’activités pertinentes au niveau local et devraient contribuer à améliorer la gouvernance locale un peu partout.

On rattache de plus en plus les problèmes de citoyenneté à des problèmes de gouvernance. Qu’en penses-tu ?

La plupart du temps, comme on ne peut pas satisfaire tout le monde on prend des décisions qui respectent la règle de la majorité. Évidemment, les minorités ne restent pas les mains vides. Elles secouent le cocotier. C’est évident que les personnes ou groupes qui ont été mis à l’écart se radicalisent. Les décisions qui ne satisfont pas tout le monde, c’est le risque de la vie en société aussi.

Là où il faut faire attention c’est à mieux intégrer l’avis des groupes minoritaires, non pas pour qu’ils prennent le pouvoir, mais pour qu’ils aient un espace. A l’île Maurice par exemple on garde un nombre de députés pour les minorités pour faire valoir leur voix – 5/90 députés viennent des groupes minoritaires. L’autre solution, c’est l’alternance ; les mandats sont là pour laisser régulièrement la place à d’autres idées. Cela permet de gérer la frustration, en se disant que les choses peuvent changer, ce qui n’est pas le cas sous la dictature. Au niveau local, on a aussi ces deux leviers pour permettre une meilleure gouvernance.

Finalement, quelle est la place de l’agent de développement local dans ces systèmes de gouvernance locale ?

Ils sont au cœur de toute cette question.

D’abord, pour sensibiliser. Au départ les gens ne savent pas de quoi il s’agit : « la participation, mais ça veut dire quoi, que dois-je faire ? ». Il est nécessaire de pouvoir animer des échanges sur les questions d’intérêt public : pourquoi la vie de la cité me concerne, pourquoi l’avis des habitants aura un impact sur la vie de ma commune etc.

Ensuite, pour renforcer, lorsqu’ils le peuvent. Dans des communes où les compétences sont faibles, il peut être important de travailler sur la maitrise ouvrage local, l’élaboration budget communal, la mise en place de services publics efficaces. Tout cela contribuera à la bonne gouvernance.

Les agents de développement local ont aussi un rôle de facilitateurs. Il n’est en général pas facile d’intégrer des intérêts particuliers dans un intérêt commun : les agents de développement doivent  pouvoir gérer les conflits et faire en sorte que les gens coopèrent entre eux.

Et puis dernier point, même si ça dépasse parfois le champ de compétences ou la liberté d’action des agents locaux, il est important de renforcer la capacité de négociation de la collectivité de base. La compétence des communes étant limitée, il faut qu’elle soit en mesure de demander à la Région, à l’État de répondre à ses questions et à ses préoccupations. Ici ce n’est pas toujours une dynamique de dialogue qui est en jeu mais c’est plus de rapport de force, avec une négociation difficile, une stratégie de lobbying...

J’imagine qu’il y a beaucoup d’expériences capitalisables à ce sujet au sein du Réseau des Praticiens du Développement.

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26/07/2018
Les résumés quotidiens de l'Atelier du Réseau prospective territoriale

L'Atelier du Réseau "les futurs des métiers du développement" (atelier de prospective) a eu lieu du 11 au 15 juin 2018. Tout au long de l'atelier, les participants se sont organisés pour communiquer sur l'avancée des travaux au jour le jour. L'ensemble de ces contributions est disponible ici.

Lundi 11/07

 

 

Mardi 12/07

Mercredi 13/07

Jeudi 14/07

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06/06/2018
Conférence de Philippe Durance sur la prospective - 15 juin

Dans le cadre de l'atelier de prospective sur les futurs des métiers du développement (11 au 15 juin 2018), organisé par le RAFOD, co-animé par le CIEDEL et appuyé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le RAFOD accueille Philippe Durance (CNAM) - une référence sur la prospective en France - pour une conférence de clotûre. La conférence aura lieu de 14h30 à 16h30 à l'Université Catholique de Lyon, campus Saint-Paul. Tout public, inscription obligatoire.

Philippe Durance, auteur d'ouvrages de référence sur la prospective (2014, La prospective stratégique en action, édition Odile Jacob ; 2017 Le long terme comme horizon. Système d’anticipation et métamorphose des organisations, éditions Odile Jacob ; ...) proposera son point de vue et répondra aux questions en deux temps :

  • son regard sur l'évolution de la prospective (qui le fait, comment, pourquoi), notamment à partir de sa propre expérience ;
  • son regard sur l'utilité de la prospective et à quelles conditions elle peut être utile.

Les participants à l'atelier de prospective sur les futurs des métiers du développement feront partie de l'assemblée.

Pour participer

Pour participer à la conférence, merci de vous inscrire sur le formulaire suivant (ce qui nous permet de calibrer la salle) : https://goo.gl/forms/FXN8uJMok3oefs563

14h30 - 16h30
au RAFOD
Dans l'Université Catholique de Lyon, campus Saint-Paul,
10 place des archives, salle B404
 

Avec le soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

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04/06/2018
In'Co toujours en recherche de financement

Le projet In'Co, programme d'intelligence collective pour les transitions, n'a pas été retenu à la commission de financement de l'AFD en mai. Le financement demandé était nécessaire pour la mise en place du programme sur 3 ans. Un coup d'arrêt pour l'évolution du réseau qui ne doit pas faire oublier la bonne dynamique et les propositions de fond portées autour d'In'Co.

In'Co, principales difficultés pour financer le programme

Le programme In'Co, élaboré à partir du diagnostic participatif du Réseau réalisé en 2016, avait été présenté à l'Agence Française de Développement (AFD) l'an dernier. Il avait reçu un premier avis favorable, notamment parce qu'il rentre en phase avec un certain nombre d'orientations de l'AFD, sur la mise en œuvre des transitions et la prise en compte des ODD sur les territoires. La devise de l'AFD, "un monde en commun", rappelle la nécessité de porter 5 grandes transitions (sociale, énergétique, territoriale, numérique et citoyenne), au Nord comme au Sud. C'est pourquoi In'Co a fait l'objet de discussions et a été défendu par certain(e)s professionnel(le)s au sein de l'institution.

Pour autant, In'Co n'a pas été retenu. Le projet était visiblement trop ambitieux, en rapport avec la taille et la visibilité du RAFOD (qui porte le projet auprès de l'AFD). L'Agence Française de Développement a choisi, dans un cadre budgétaire contraint, de financer des projets plus concrets, plus "sûrs". Cela ne signifie pas que ce type de projet ne pourra pas exister, mais sans doute qu'il était un peu tôt pour l'AFD pour se lancer avec un nouveau partenaire sur un projet de cette ambition.

La dynamique en place : In'Co reste en phase avec les problématiques actuelles

Où en sommes-nous après ce coup d'arrêt pour In'Co ? D'abord, nous soulignons qu'une belle dynamique a été engagée autour d'In'Co dans le réseau (un certain nombre de pays ont par exemple réalisé des fiches pays collectivement) et à l'extérieur. Nous avons reçu de nombreux retours très positifs de structures travaillant ou se questionnant, pour le dire de manière large, sur les transitions. Nous restons donc persuadés qu'un programme tel qu'In'Co est tout à fait d'actualité. Il permet par exemple :

  • D’appuyer des dynamiques d’'innovation sociale et territoriale dans des projets concrets ;
  • De mettre en place une conception différente (et plus équilibrée) des partenariats Nord-Sud (ou Sud-Nord) et Sud-Sud notamment ;
  • De faire évoluer le réseau avec des modes de fonctionnement expérimentaux.

La suite pour le Réseau

A court terme, l'un des impératifs est de trouver des moyens pour continuer à faire fonctionner le Réseau, c'est à dire de s'assurer de pouvoir faire un travail d'animation et de communication et dans la mesure du possible favoriser des productions collectives. L'absence de financements pour assurer le fonctionnement pèserait lourdement sur l'avenir du Réseau et, de fait, sur le RAFOD. L'équipe du RAFOD est activement en recherche de ces financements.

L'autre travail à faire rapidement concerne la réévaluation de la stratégie du Réseau, qui aura sans doute besoin d'être redéfinie. In'Co fait partie intégrante de la stratégie actuelle. Un premier atelier de travail sur la stratégie aura lieu à Lyon samedi 16 juin avec une vingtaine de membres présents à l'atelier du réseau sur la prospective (en outre tous les membres présents à Lyon sont aussi invités à participer).

Il reste qu'un certain nombre d'actions prévues dans In'Co peuvent se mettre en place de manière adaptée au sein du Réseau :

  • Concernant l'axe "appropriation des enjeux internationaux et locaux des transitions et des ODD", l'Université Virtuelle Environnement et Développement Durable propose un MOOC sur les ODD à partir du 3 septembre 2018. Nous allons travailler à une manière de suivre le MOOC individuellement et collectivement pour améliorer l'appropriation des ODD au sein du Réseau et des organisations des membres ;
  • Concernant l'axe "nouvelles formes de collaboration, construction et diffusion de pratiques", nous pensons que la mise en place des communautés de pratiques, notamment autour de projets concrets, peut être expérimentée avec des moyens réduits. En savoir plus sur les communautés de pratiques.

Le Réseau reste un cadre plus qu'intéressant pour agir sur les transitions et contribuer à atteindre les ODD. A nous de faire le nécessaire et trouver des moyens pour faire évoluer les modèles de développement.

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04/06/2018
Atelier prospective : suivre l'atelier à distance pour les membres du réseau

Le prochain atelier du réseau aura lieu du 11 au 15 juin 2018 et permettra de travailler sur la prospective sur les futurs des métiers du développement. Pour tous les membres du réseau qui ne participeront pas à l'atelier, un dispositif de communication permettra d'avoir en distance les éléments forts de l'atelier. Découvrez comment suivre l'évolution des travaux tout au long de la semaine.

Le programme pour suivre l'atelier à distance :

Du lundi au jeudi

  • Une séance vidéo d'une quinzaine de minute sera proposée chaque soir (17h30) pour faire le point à chaud sur les réflexions fortes de la journée (sur https://join.me/reseau-des-praticiens)
  • Un compte rendu écrit rédigé par l'un des participants sera proposé chaque jour (le compte rendu du lundi sera disponible le mardi etc.)
  • Partage de ressources proposées aux participants (espace réseau)

Le vendredi

  • Le support utilisé pour la restitution des travaux le vendredi matin sera transmis aux participants
  • (sous réserve de confirmation) La conférence de Philippe Durance sera filmée et proposée en direct sur le groupe Facebook des Praticiens du Développement

Un point plus détaillé sera ensuite proposé dans les semaines à suivre sur :

  • le résumé des principaux enseignements de l’atelier en termes de métiers, d’enjeux, de posture
  • quelques étapes à venir pour l’évolution du réseau en fonction de ces résultats

Des éléments seront communiqués par email pour affiner l'ensemble du dispositif et faciliter la participation.

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