Méli-mélo d'infos

20/07/2017
Focus acteur : Henri Dupassieux, conseiller en énergies

Henri Dupassieux est aujourd’hui en milieu de cursus au CIEDEL. Avant sa formation, il a exercé pendant 27 ans à l’ASDER (Association Savoyarde pour le Développement des Énergies Renouvelables), comme conseiller au sein d’un espace info-énergie. A l’ASDER, il avait une fonction de conseil-expertise pour le développement de filières énergies renouvelables, essentiellement la filière bois-énergie et le solaire. Il accompagnait des stratégies de territoires sur les politiques de  transition énergétique, ce qui incluait une activité de conseil et une activité de formation.

Bonjour Henri. Tu es à mi-chemin dans ta formation au CIEDEL. Peux-tu déjà nous parler de ton projet professionnel pour la suite ?

La ville de Chambéry, au sein de laquelle je suis élu [il en est à son troisième mandat], est jumelée avec la ville d’Ouahigouya, au Burkina Faso. Dans le cadre de cette coopération décentralisée, j’ai effectué en 2015 une mission à titre personnel au Burkina, pour étudier les opportunités de développer des actions en lien avec l’accès aux énergies renouvelables. Dans le cadre de cette mission, j’ai pu rencontrer des acteurs locaux qui ont expérimenté un programme de fabrication et de diffusion de cuiseurs solaires performants. Les ménages qui l’utilisent (environ 250) se sont adaptés à cette nouvelle façon de cuisiner et en sont satisfaits. Je souhaite monter un programme pour répliquer et améliorer cette expérience dans 10 à 15 territoires d’Afrique de l’Ouest et de la région subsaharienne.

Je suis dans une phase de formulation du projet.  Il y a toute une phase de conceptualisation du programme, de recherche de partenariats sur le portage du programme et pour la diffusion au niveau local. Je suis déjà en discussion avec les partenaires techniques qui portent le programme en cours à Ouahigouya. Ce programme pourrait concerner des territoires de 200 000 hbts pour un objectif de 1500 kits de cuisson diffusés en 5 ans, soit environ 5 % des ménages d’un territoire. L'un des points forts de ce programme sera la création d’une activité économique locale qui permettra au territoire d’assurer son autonomie sur cette question de la cuisson solaire.

Qu’est-ce qui t’as amené à développer un tel projet ?

Lors de ma mission en juillet 2015, j’ai découvert une bonne dynamique sur le biogaz et l’accès à l’électricité domestique. J’ai découvert également qu’il y a de gros enjeux sur la transformation et le séchage des fruits (50% des fruits récoltés sont perdus). Je ne pensais pas m’intéresser à la cuisson solaire. Comme beaucoup d’acteurs du développement, je pensais que la cuisson solaire,  dont on parle depuis 30 ans, était en échec pour tout un tas de considérations.

Dans le cadre de mon stage, j’ai pris le temps de lire des rapports sur les questions énergétiques en Afrique. Le problème de l’accès à l’énergie dans les pays en développement est crucial mais les réponses visent surtout à fournir de l’électricité. On met en place des réseaux lourds alors qu’il est plus urgent de proposer des kits domestiques, qui permettent l’autonomie des familles. Plus de 70% des consommations d’énergie sont liés à la cuisson, et  90% de la cuisson se fait sur un foyer bois trois pierres. Cela entraine des problèmes de pénurie et de déforestation. Donc l’énergie pour la cuisson est un enjeu au moins aussi important que l’accès à l’électricité, mais il est très peu évoqué dans les programmes de développement.

Les échecs de la cuisson solaire viennent en grande partie de la diffusion d’appareils pas adaptés, pas assez performants, pas ergonomiques (accès et réglage de la parabole), et importés, ce qui les rendaient peu accessibles sans aides. Par ailleurs, il faut mettre en place un programme d’accompagnement et de suivi pertinent pour garantir une bonne appropriation. L’expérience de Ouahigouya a pris en compte toutes ces contraintes. Le développement de la cuisson solaire permet de répondre à un double enjeu, à la fois apporter une réponse à la pénurie de bois, et de contribuer au développement économique par une fabrication presque entièrement locale. Seuls les pétales de la parabole sont importés pour un coût correspondant à 15 % environ du coût final.

Depuis ta première mission, comment ton projet a évolué et quelles sont les prochaines étapes pour qu’il aboutisse ?

La formation du CIEDEL me permet d’acquérir les méthodes de formulation de projet, les stratégies organisationnelles et des partenariats, les codes et les éléments de langage du développement local.

La faiblesse de l’expérience de Ouahigouya repose sur le fait que le projet n’a pas été construit en partenariat avec les collectivités locales. Cela le rend fragile. Elle n'est pas soutenue par les politiques locales. La pérennisation de ce type d’action ne peut se concevoir sans un ancrage fort dans les politiques publiques locales, car elle relève d’un enjeu d’intérêt éminemment public. Je suis donc dans une optique de rentrer en dialogue avec les collectivités locales et  co-construire le programme avec des acteurs locaux qui partagent la vision et les valeurs du programme.

Le milieu de la coopération internationale est un peu « chasse gardée » parfois, donc je compte bien mettre à profit mon expérience au CIEDEL et ses réseaux pour gagner la confiance des partenaires techniques et financiers. C’est primordial dans un secteur où il y a déjà eu beaucoup d’échecs.

Justement, comment vois-tu ta collaboration avec d’autres professionnels de la coopération internationale et avec les acteurs locaux au Burkina Faso ?

Le portage, la conception, la coordination et le suivi du programme devront être assurés par une ONG française et/ou africaine, et c’est à ce niveau que je compte jouer un rôle. Pour ce qui est de l’expertise et de l’appui, il va falloir capitaliser ce qui a déjà été fait à Ouahigouya. KERA Energy (bureau d’études spécialisé dans la cuisson solaire) et World Espoir Energy à Ouahigouya ont l’expertise technique de la conception et de la fabrication. L’ONG locale Planète Verte s’est occupée de la diffusion auprès des femmes qui acquièrent les kits solaires.

Une des priorités et de trouver une ONG partenaire pour travailler sur la gouvernance du projet et porter le dossier de financement. Dans chaque zone, on va ensuite devoir construire des partenariats opérationnels avec :

  • les autorités locales  ;
  • les entreprises intéressées pour construire les cuiseurs (menuisiers métalliques) ;
  • une ONG qui travaille pour la promotion des femmes pour diffuser et accompagner le changement culturel et technique de la cuisson solaire avec 4 séances de 3h de formation et de suivi.  

Je prépare une tournée africaine cet été dans 7 pays pour rencontrer à la fois des soutiens institutionnels (AFD, Agence Européenne de Développement, administrations locales d’énergie…) et des acteurs locaux pour essayer d’intéresser de futurs partenaires. Il va falloir convaincre les sceptiques qui ne croient plus dans la cuisson solaire, et motiver les acteurs  qui s’intéressent à une alternative au feu de bois.

Pour une fois le matériel va être fabriqué localement et non importé. C’est une vraie innovation qui devrait permettre à terme l’autonomie des acteurs locaux.

Tu as évoqué plus tôt ton expérience d’élu en France, à Chambéry. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi et comment tu t’es retrouvé à t’engager en politique ?

L’engagement politique est souvent précédé d’un engagement associatif. Ça a été le cas pour moi.  Dans les années 1980, j’étais engagé dans des mouvements à connotation écologiste (mouvement non-violents, objection de conscience, solidarité internationale, anti nucléaire,…). Je me suis ensuite engagé dans un parti qui défendait ces valeurs puis présenté à un mandat électif communal. Mes motivations étaient de travailler sur la transition écologique. J’ai d’abord été adjoint au maire en charge du développement durable, où l’une de mes premières actions a été de bâtir un agenda 21 (programme d’actions)  pour Chambéry et son agglomération. Lors de mon second mandat j’ai été adjoint au développement durable, aux bâtiments, à l’énergie et à la sécurité sanitaire et vice-président transport à l’agglomération. Depuis 2014, je suis élu dans la minorité, ce qui m’a permis de me rendre disponible pour travailler sur ces questions auxquelles je pensais depuis plusieurs années.

En tant qu’élu, on perçoit très bien que le développement local ne peut venir que des initiatives des territoires et de ses acteurs, il ne peut pas se décider d’en haut.

De quoi es-tu le plus fier en tant qu’élu ?

Quand je suis arrivé en 2001, on parlait de Développement Durable depuis le sommet de Rio (1992) mais le DD n’avait pas vraiment franchi la porte de la collectivité. Il fallait donc mettre en place une organisation et structurer les services pour porter et promouvoir cette approche. Il fallait aussi systématiser l’évaluation de nos politiques publiques – ce qui demande encore à être améliorer. Je dis souvent que « ce qui ne se mesure pas ne s’améliore pas ». J’ai contribué à mettre en place cette culture avec de nombreuses actions qui ont fait évoluer les services et les élus.

Un point qui t’as particulièrement frustré dans ton expérience ?

Les changements ne sont jamais acquis si la volonté politique se réoriente. Des processus mis en place patiemment pendant deux mandats peuvent être remis en cause. C’est le jeu de l’alternance, mais c’est aussi une limite de notre démocratie.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien ?

J’ai été très marqué par les acteurs et penseurs de l’action non violente : Martin Luther King, Gandhi, Lanza del Vasto, Jean Goss,… Ca a forgé en moi une nouvelle approche des enjeux de société et des relations sociales, des combats humains pour plus de justice et de solidarité. Ces grands témoins ont forgé mon caractère militant qui me permet d’oser affronter des enjeux, relever des défis, et prendre des responsabilités. Si je ne devais citer qu’un texte, ce serait évidemment le discours de M.Luther King, I have a dream.

 

3
4
09/06/2017
Focus acteur : Josette Abbadie, coordinatrice habitat à l'ARTAG

Josette Abbadie est coordinatrice habitat à l’association ARTAG (Association Régionale des Tsiganes et de leurs amis Gadgé). L’ARTAG est une association d’une vingtaine de salariés, qui intervient auprès du public des gens du voyage. L’ARTAG agit sur différentes thématiques (logement, éducation, insertion…) car elle estime que les interactions avec les gens du voyage doivent se faire de manière globale pour être efficaces et permettre une vraie politique publique.

Bonjour Josette. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail de coordinatrice habitat ?
Mon rôle est principalement d’accompagner les collectivités qui veulent intervenir sur l’habitat, sur le logement et l’accueil des gens du voyage. On effectue un travail d’évaluation, de diagnostic, d’accompagnement de leurs projets sur le volet famille. On est parfois directement sollicités en tant qu’association, mais on répond surtout à des AO des collectivités dans le cadre du Groupement d’Intérêt Économique CATHS que nous constituons avec 2 autres associations qui travaillent avec les gens du voyage et 1 cabinet d’architecture.

Comme on est dans une « petite » association, on fait un peu de tout. Nous ne sommes que deux à plein temps à travailler sur l’habitat. Sur un projet, selon le nombre de familles relogées, je peux être plutôt sur de la coordination (avec des collègues qui viennent m’aider à faire les enquêtes), sur de l’opérationnel (faire un diagnostic, aller sur le terrain), ou sur un volet conseil auprès des collectivités, stratégie.

Globalement, on essaie de faire correspondre les projets à la culture du groupe familial qui est relogé, mais aussi aux capacités de la collectivité territoriale, avec des contraintes tant urbanistiques qu’économiques ou politiques. Le but est que les projets ne soient pas ressentis comme imposés, ce qui permet de faciliter la création et la gestion, d’avoir des projets pérennes. Sinon on a des risques de projets qui vieillissent mal.

Au niveau méthodologique, notre spécificité c’est de favoriser la participation des familles. On fait pas mal de médiation. Il est important d’avoir l’adhésion des deux parties tout au long des étapes du projet. Le projet doit convenir aux familles mais aussi s’adapter aux capacités de la collectivité. On travaille par exemple avec les architectes pour les aider à faire le lien avec les familles à différents moments d’un projet. Notre travail permet donc d’appuyer une évolution des pratiques des collectivités et des professionnels de l’habitat en favorisant cette approche participative. On travaille aussi sur la citoyenneté avec les gens du voyage puisqu’ils ont des droits mais aussi des devoirs, notamment sur les espaces collectifs.

Quels choix t’ont mené à ce poste ?
J’ai été surtout attirée par le public. Auparavant, j’avais travaillé tantôt avec des jeunes, comme animatrice pour la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, puis plutôt sur les publics âgés, sur des questions d’isolement. Après cela, j’ai eu accès à une formation pendant laquelle j’ai réfléchit à la fonction que je voulais occuper.

J’ai grandi à proximité des enfants de la communauté des gens du voyage. Nous étions voisins et j’ai toujours été intriguée par leur mode de vie, leur culture. J’ai donc contacté l’ARTAG en 2002 et j’ai pu y aller en stage, dans le cadre de ma formation. Ils m’ont ensuite proposé un contrat. Au bout d’un moment j’ai commencé à travailler sur de la médiation, à structurer la parole des familles pour faire émerger les projets, tandis que l’association évoluait… ce qui m’a amené à ce que je fais aujourd’hui.

Toi qui travaille sur les questions d’habitat, ce crois que tu vis dans un logement un peu particulier, est-ce que tu peux m’en parler ?
Je vis dans une coopérative d’habitants, la première en France. C’est un statut qui existait dans les années 70 mais avait disparu. Il y avait toutefois toujours des personnes qui réfléchissaient à comment habiter autrement, dans des réseaux alternatifs. L’un d’eux a duré, a creusé la question et a réussi à construire cette coopérative. Le groupe existe depuis 2005, la coopérative a été réalisée en 2013 : c’est le village vertical de Villeurbanne !

Je ne suis pas arrivée dans ce groupe par hasard. Je me posais pas mal de questions sur l’habitat, de par mon travail. J’étais locataire à l’époque, mais j’étais insatisfaite avec les loyers qui augmentaient sans cesse. L’achat n’était pas une option : il me semblait absurde de m’engager sur 30 ans « juste pour des murs ». J’ai donc rencontré des réseaux alternatifs et, en 2008, j’ai intégré la  liste d’attente pour le village vertical. J’ai été validée dans le groupe fin 2012 alors que l’habitat était prévu pour 2013, donc j’ai eu de la chance.

L’avantage de cet habitat, c’est qu’il s’est fait autour des personnes. Le projet a un peu d’ampleur car il intègre plus que le logement et porte une certaine idée de ce que c’est qu’habiter ensemble. En tout, 14 logements du t2 au t5 ont été construits. 4 sont dédiés à accueillir des jeunes en insertion (souvent 1er logement) ce qui permet un peu de turnover. Pour les autres, il y a différents profils (familles, personnes seules...) même si pour l’instant tous sont en activité.

Les spécificités sont dans la gestion et les espaces collectifs. Nous sommes à la fois propriétaires et locataires : nous avons tous des parts sociales de la coopérative et développons ensemble nos projets autour de notre habitat (un individu, une voix), mais nous payons aussi des loyers. Ceux-ci permettent d’entretenir le bâtiment et de rembourser le crédit qui a servi à construire le village vertical, mais nous restons sur du logement social. Nous disposons d’un certain nombre d’espaces partagés que nous gérons collectivement : une buanderie, une salle commune, 4 chambres d’amis, un jardin, un potager.

Fais-tu des liens entre ton emploi et cette expérimentation sur l’habitat ?
Le projet de village vertical s’est fait à la force des habitants qui ont voulu créer leur propre habitat, dans la conception et dans la gestion. J’essaie de faire la même chose avec les familles. Dans le village vertical, on a des tâches communes (ménage…). L’utilisation des espaces communs se fait dans le consensus. Au niveau de mon travail c’est souvent plus difficile à insuffler. Les gens du voyage ont un mode de vie semi communautaire mais en même temps, ils sont traversés par les mêmes courants individualistes que le reste de la société française. Ils craignent les espaces partagés car il faut un investissement de tous dans leur gestion. La question de la volonté des habitants à vivre ensemble est importante.

As-tu l’impression que tu fais plus changer l’habitat avec ton travail ou à travers le village vertical ?
Un peu les 2. Au boulot, on a des projets qui se passent bien et permettent de faire tomber des barrières. On se dit alors que le vivre ensemble n’est pas si loin. Sur d’autres projets, on a l’impression qu’on n’y arrive pas, qu’il faudra au moins 3 générations.

Le village vertical, c’est mon quotidien. Il y a une vraie volonté de gens qui veulent faire des choses ensemble pour mieux vivre – même si parfois ça va lentement ça avance. C’est agréable. Les gens sont volontaires mais ont parfois des rythmes de vie compliqués. Ça nous rappelle à la réalité. Pour ma part, par exemple, je suis souvent en déplacement et je m’aperçois que je ne peux pas m’investir tout le temps, partout. C’est la même chose pour les autres familles.

Habicoop, qui soutient le village vertical, a lancé une campagne de crowdfunding comment et pourquoi cette campagne ?
La campagne vise à apporter un soutien à Habicoop qui assiste les projets de coopératives d’habitants et qui a fait du village vertical son projet pilote, l’a assisté et a même fait changer la loi pour avoir la notion de coopérative. Habicoop a des difficultés financières car même si certains politiciens voient l’intérêt de ces projets alternatifs, les subventions baissent. C’est l’une des seules structures qui se bat pour la non-spéculation sur le logement en France. Elle accompagne les groupes d’individus sur des processus de long terme pour se constituer en coopérative. Cela demande une trésorerie importante puisqu’Habicoop ne commence à se payer qu’une fois le projet bien avancé et les groupes bien structurés, ce qui peut prendre plusieurs années.

La campagne de crowdfunding a le double avantage d’apporter un appui financier à Habicoop mais permet aussi de faire connaitre l’habitat coopératif, d’inspirer d’autres personnes. On veut un essaimage de ce type d’habitat.

Quel est ton prochain grand chantier ?
Actuellement l’ARTAG commence à travailler sur des projets pour des familles hippomobiles, qui se déplacent en roulotte et à cheval. Il va falloir être créatifs, puisqu’il faudra traiter la thématique des animaux dans ce logement. Qu’est-ce qu’on fait, comment on fait, … ? C’est un défi intéressant. Il faudra faire attention à respecter leur parcours.

Côté village vertical, j’ai hâte de voir ce que vont donner les coopératives en train d’être construites. Il y a un projet sur Vaux-en-Velin (Chamarel) pour des ménages qui veulent vieillir ensemble qui devrait prendre forme en fin d’année. Lyon 7ème a aussi un projet en cours (la Gargousse) et une coopérative se monte à Toulouse (Abricoop). Le défi va être de pouvoir échanger, travailler ensemble. On va mutualiser une expérience toute jeune alors qu’aujourd’hui on ne peut que regarder ce qui se fait à l’international (Suède, Amérique Latine, Suisse…).

Ces projets questionnent énormément ce qui est important : habiter ? se loger ? être propriétaire ? Qu’est-ce qu’on transmet ? On a vraiment des choses à imaginer dans cette économie mondiale où la propriété est de plus en plus chère. En Afrique de l’Ouest les prix flambent à certains endroits, là-bas aussi il y a des choses à faire.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien ?
Je trouve que Pierre Rabhi vaut le coup d’être lu, notamment pour son approche de la sobriété heureuse. Je ne suis pas forcément prête à atteindre l’idéal qu’il soutient, mais c’est intéressant de voir qu’on peut vivre autrement, dans une consommation plus réfléchie, que ce soit au niveau de l’alimentation ou autre.

J’aime aussi lire Thich Nhat Hanh : il développe des idées autour de la pleine conscience, en proposant une approche de la vie tout à fait lucide, où que l’on soit, quoique l’on fasse. Ça donne une ouverture vers d’autres modes de pensée qui peuvent permettre de se sentir mieux.

Merci Josette et belle réussite dans tes projets.
 

 

3
4
09/06/2017
Bourse du réseau 2017 : financer la formation de 2 professionnels du développement

Faire un don en ligne           |           S'engager pour donner plus tard

L'été arrive et comme ces trois dernières années, le réseau des praticiens du développement va se mobiliser autour de la bourse du réseau! Cette bourse solidaire a déjà permis à trois professionnels du développement d'accéder à la formation du CIEDEL et d'intégrer le réseau. Et bonne nouvelle, cette année le coût des formations CIEDEL a baissé ! L'objectif ? Financer non plus une mais 2 bourses de vie pour des candidat(e)s à la formation.

La bourse du réseau, un outil de financement mais pas que...
La bourse du réseau est un outil de solidarité et de cohésion pour le réseau. En soutenant ensemble un(e) professionnel(le) pour qu'il/elle puisse se former au CIEDEL, nous envoyons un message fort dans et à l'extérieur du réseau, sur notre capacité à agir et à étendre les valeurs que nous partageons au-delà du cercle du réseau. Retrouvez ici la vidéo de Nathalie, qui avait bénéficié de la bourse du réseau 2016-17.

L'union fait la force, mobilisons nous tous
En 2016, nous avons réussi un résultat exceptionnel grâce au don important de certains membres. Mais nous croyons surtout dans la solidarité collective et espérons cette année qu'un maximum de membres pourront s'engager avec nous, quelque soit le montant. Pour cela nous avons facilité les modalités de financement.

De nouvelles manières de contribuer
Pour faciliter l'engagement de chacun, nous avons ouvert plusieurs modalités pour contribuer à la bourse :

  • Ouverture d'un portail en ligne où vous pouvez directement (et gratuitement) virer des fonds si vous avez accès à une carte bancaire ;
  • Comme l'an dernier, vous pouvez aussi vous engager via un petit formulaire (1min). Vous pourrez faire le versement par la suite lorsque vous avez les fonds nécessaires, via Western Union, virement, ou par chèque en prenant directement contact avec le RAFOD ou un membre du réseau.
  • Nous sommes également en train d'essayer d'ouvrir des "points de collecte" dans un certain nombre de pays, pour qu'un membre du réseau puisse collecter les espèces avant de transmettre tous les fonds récoltés.

2 mois pour franchir le cap
Pour suivre l'évolution de la bourse, nous donnerons un petit aperçu à mi-parcours dans la newsletter de Juillet. Ensuite, dès la rentrée le nom du ou des candidat(e)s qui auront été séléctionné(e)s pour bénéficier de la bourse sera dévoilé. Ces professionnel(le)s intégreront le réseau et deviendront à leur tour moteurs du changement.

L'objectif cette année ? Approcher la barre des 10 000€
Le financement participatif lancé par le CIEDEL en début d'année a permis de lever 14 000€ en France (150 contributeurs, pas tous connaisseurs du développement local). Avec un réseau de plus de 1000 membres, nous pouvons espérer à notre tour titiller les 10 000€ et montrer que nous croyons aussi dans le développement local. Avec 7500€ nous finançons 1,5 bourse, avec 10 000€ ce sont deux bourses complètes!

Comme cette année, nous donnerons un maximum de retours sur les personnes qui ont bénéficié de l'appui du réseau.

 

3
4
07/06/2017
Innovation territoriale : la repérer, l'accompagner. Interview avec Emmanuel Jeanjean du PNR Vercors

Emmanuel Jeanjean est chargé de mission énergie et mobilité au Parc naturel régional du Vercors depuis 2 ans. Dans ce cadre, il a notamment participé à l’accompagnement des centrales villageoises, une innovation territoriale qui se diffuse sur le territoire Rhône-Alpin. Le Parc naturel du Vercors travaille depuis 25 ans sur la question énergétique. Ces dernières années, le Parc tente surtout d’innover sur la manière de développer les projets, en lien avec les différents acteurs du territoire et sur des systèmes hybrides. Après plusieurs années de diagnostic, le Parc s’apprête par exemple à soutenir un système d’auto-stop organisé à partir de 2018 pour favoriser la mobilité.

Bonjour Emmanuel. Vous êtes chargé de mission énergie et mobilité pour le Parc naturel régional du Vercors. Vous avez accompagné l’expérience des centrales villageoises qui se sont notamment développées dans le Vercors. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Les projets de centrales villageoises ont été imaginés en réaction au développement anarchique du photovoltaïque. L’offre d’installation pour les particuliers était pléthorique, parfois peu fiable, et les opérateurs privés sollicitaient des communes sur des gros projets au sol. On s’est demandés comment on pouvait avoir un développement à la fois significatif et collectif du photovoltaïque, sans prendre sur des espaces agricoles ou naturels. La solution, c’était de se grouper et se coordonner pour créer des projets sur les toitures des particuliers ou des collectivités. Il fallait imaginer un modèle collectif dès les phases de développement du projet, à savoir trouver un système viable pour financer et organiser les travaux d’études, les investissements initiaux…

Finalement les premiers projets ont émergé sur le Vercors en 2010-11. Il y a eu un premier temps de concertation publique pour susciter une participation citoyenne sur tous les projets. Les citoyens n’étaient pas forcément mobilisés au départ, on a apporté ça avec la concertation. Ensuite, on est passés à la création de sociétés gérées par les citoyens. Le premier projet concernait un territoire de 6 communes et a permis de mobiliser environ 80 actionnaires. Ils ont constitué les fonds propres et monté un projet de 6 toitures, pour 140 000 euros d’investissement. En général ¼ de fonds propres, le reste avec un prêt à la banque. Les projets sont toujours montés pour être rentables à 8 à 10 ans. En principe au bout de 3 ans on rémunère les actionnaires (2 à 3%).

En quoi l’expérience des centrales villageoises est une innovation territoriale ?
Il s’agit de projets d’investissement locaux dans lesquels sont associés les habitants des territoires. Aujourd’hui la finance participative s’est beaucoup développée. Mais j’estime qu’on en a une forme plus aboutie puisqu’on relocalise la finance participative. 80 à 90% de l’investissement des centrales provient des territoires (citoyens et collectivités territoriales principalement). L’association financière des collectivités et des habitants créé un partenariat étroit. Les projets doivent être montés en lien avec les collectivités : c'est inscrit dans la Charte des centrales villageoises. Cela est aussi un gage sérieux pour aller voir les banques.

Qu’est-ce que cela apporte à votre territoire ?
Cette relation de confiance qui s’établit entre citoyens et élus est très intéressante. Les citoyens comprennent mieux le temps des collectivités (plus long que le leur). En retour, les élus sentent mieux la demande sur leur territoire. On amène aussi la question du financement participatif sur le territoire avec des projets très concrets, très visibles, ce qui peut ouvrir de nouvelles perspectives. Et évidemment, on s’inscrit en plein dans le développement durable avec une initiative qui touche à l’environnement, à l’économique et au social. On amorce avec de « petits » projets (100 000€) mais par la suite les sociétés coopératives montées par les citoyens et les collectivités peuvent investir dans des projets plus ambitieux. Les projets qui ont émergés ces derniers temps sont déjà plus significatifs avec des investissements de l'ordre de 500 000 euros.

Qui  a été à l’initiative de ce projet, et quel a été le rôle des différents acteurs ?
Le concept a été développé en lien entre les parcs naturels de Rhône-Alpes et RhônAlpÉnergie Environnement (RAEE). Cette relation existait déjà avant les projets, nous collaborons depuis longtemps. Cela a permis d’associer la culture territoriale des parcs et l’expertise de RAEE. Les parcs naturels régionaux se sont positionnés en animation, avec une présence sur le terrain auprès des citoyens et des initiatives.

Concrètement, aujourd'hui on n'accompagne pas au jour le jour toutes les initiatives. Maintenant que le modèle est construit, le mouvement lancé, on intervient s’il y a une demande spécifique, en cas de besoin. RAEE fait un gros travail de formalisation des outils techniques : gestion financière, business plan, contrats de bail, réponses juridiques... Certains projets se font aussi en partenariat avec des associations locales, comme les associations qui portent les missions info-énergie. Les bureaux d’études sont aussi des partenaires sur chaque projet.

Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin d’aller vers les citoyens pour susciter les projets. L’innovation se diffuse. Il y a une vingtaine de sociétés en France et 5 sociétés sur le territoire du Vercors et la dernière avait tout simplement entendu parler du dispositif et nous a demandé plutôt un soutien moral.

Faut-il un contexte particulier pour voir une telle expérience se mettre en place ?
C’est plus facile et plus fréquent sur des territoires où il y a des politiques locales favorables, ici en l’occurrence en matière de transition énergétique. Les territoires qui se sont fixé des objectifs de développement des énergies renouvelables peuvent avoir des dynamiques intéressantes (Plan Climat, TEPOS...). Le contexte national et international autour de ces questions incite aussi les citoyens à se questionner, à se mobiliser. Donc potentiellement avec la mobilisation de quelques-uns, une initiative peut émerger.

Une fois ces ingrédients réunis, quels ont été les points clés du processus ?
Une fois qu’on a réuni des citoyens et identifié des toits, il faut pouvoir travailler avec un bureau d’études et donc pouvoir le rémunérer. C’est un peu difficile car les citoyens et les communes peuvent être frileux à engager des frais, c'est compréhensible. Dans les premiers projets, nous avons pu apporter des financements européens ou régionaux pour aider à financer cette intervention des bureaux d’études. Ça reste aujourd’hui la phase la plus délicate, qui peut être facilitée par un peu de subvention. Mais si le projet n'a pas d'aide financière il faut imaginer une avance qu'il faudra amortir dans le financement global du projet. Le risque pris n’est pas énorme sur le photovoltaïque, mais sur des projets plus gros ayant des temps de développement plus long ça questionne (hydroélectricité, éolien...).

Par ailleurs, après le 1er projet, il y a la question de l’investissement personnel : comment continuer quand les gens ont donné beaucoup d’énergie et de temps pendant deux ans ? Il peut y avoir une envie de passer la main. On est en ce moment dans les transitions.

Comment mettez-vous en commun les réussites et les échecs avec les autres territoires et surtout y a-t-il des perspectives de diffusion à un niveau plus large ?
A l’échelle du Vercors on essaie de mutualiser entre les 5 projets lancés. On organise des réunions 1 à 2 fois par an entre les différentes sociétés. Cela ne demande pas beaucoup de moyens, juste d’un peu de temps.

Le niveau du dessus est plus significatif, avec plus de moyens. RAEE est la tête de pont et a mis en place un site internet www.centralesvillageoises.fr qui anime la dynamique et le réseau désormais national (20 sociétés créées). Le dernier Comité de pilotage par exemple a eu lieu début avril ; on dépasse le cadre régional.

Il y a une réflexion en cours sur la création d’une association des centrales villageoises au niveau national, qui pourrait assurer cette animation. Car essaimer l’innovation, c’est aussi répondre aux questions, donner des informations aux territoires qui ont entendu parler de ce système et voudraient à leur tour les développer. Provisoirement, on a créé un comité d’engagement avec une procédure de réponse, pour aider RAEE à répondre aux demandes.

A la lumière de votre expérience, avez-vous un ou deux conseils à donner à des personnes qui voudraient identifier et accompagner l’émergence d’innovations territoriales ?
Toute la subtilité est dans le dosage de l’accompagnement. On ne peut pas arriver avec du clé en main pour le participatif, ce serait un frein à l’appropriation. On peut proposer une idée pour donner une impulsion, en se basant sur l’observation du contexte, du territoire. Une fois qu’elle est adoptée, elle peut être reprise, portée. Il faut alors se positionner en accompagnement, un peu en retrait. Si les citoyens sont intéressés, c'est qu'ils veulent faire eux-mêmes. Il faut donc leur laisser la liberté de développer leur projet. Parfois il faut juste un peu de soutien politique, un petit coup de pouce financier et ça suffit. Sur ces projets il faut beaucoup de volonté citoyenne et un peu de soutien public local.

3
4
24/05/2017
Webinar démocratie participative le 29 Mai, avec Loïc Blondiaux

C'est le retour des webinars au sein du Réseau des Praticiens du Développement, après les premières expérimentations de 2016. Au programme lundi 29 mai 2017, un webinar sur la démocratie participative, qui lancera une série de 3 webinars (Mai, Juin, Juillet) pour aborder des sujets qui font l'actualité du développement local. Pour ce premier webinar, Loïc Blondiaux (enseignant en Sciences Politiques à la Sorbonne) sera invité afin d'échanger avec les participants et de présenter ses idées sur la démocratie participative.

La démocratie est en péril : vive la démocratie. Face à la défiance affichée dans certains pays vis-à-vis des dirigeants politiques, à la difficulté de construire un projet de société commun avec des citoyens et des élus parfois très divisés, la démocratie participative est-elle une réponse ? Comment impliquer les citoyens et comment s'impliquer en tant que citoyen? Quelles différences entre la démocratie participative, la démocratie représentative et la démocratie directe ? Et comment renforcer la démocratie participative à un niveau local ?

Les questions sont nombreuses autour de l'émergence de nouvelles manières de prendre des décisions avec les citoyens, de faire cohabiter l'expertise politique, technique et l'expertise d'usage. La démocratie participative émerge avec l'appui des outils numériques, la concentration des citoyens dans les villes... mais les différents acteurs des territoires ne sont pas toujours préparés pour faire face à ces changements. Les initiatives sont nombreuses et porteuses d'espoir mais il faut aussi réussir à les fédérer, les essaimer. Encore faut-il les comprendre et les analyser.

Le Webinar aura lieu de 16h30 à 18h (heure française GMT +2) lundi 29 mai. Pendant le webinar, nous aborderons avec Loïc Blondiaux :

  • Les différentes conceptions de la démocratie et ses évolutions ;
  • Les forces et les faiblesses de notre modèle actuel ;
  • Les outils, méthodes, initiatives qui peuvent transformer la démocratie au niveau des territoires.

Les participants seront également invités à partager des initiatives.

Le webinar sera l'occasion de lancer un chantier plus conséquent sur la démocratie participative avec une école citoyenne (juin) animée par Arnaldo Serna, membre du réseau et Directeur d'Escuela para El Desarollo.

Programme
En savoir plus

Liens utiles suite au webinar

3
4
19/04/2017
Une série de webinars en construction pour la mi-2017.

A partir de mai 2017, le RAFOD va proposer une série de webinars pour le Réseau des Praticiens du Développement. Le but est d'inviter des intervenants extérieurs pour donner une ouverture supplémentaire aux membres du Réseau et créer le débat sur des sujets importants, innovants. Les webinars permettront de confronter les réflexions de professionnels évoluant dans des pays aux contextes très différents. Un premier cycle de 3 webinars est en préparation.

Les thèmes (pré)sélectionnés pour les webinars sont à la fois tout à fait d'actualité et internationaux. Ils concernent le rôle des différents acteurs sur les territoires, des citoyens aux entreprises, qui constituent des ressources et des clés pour des développements adaptés. Les dates et les intervenants seront précisés au fur et à mesure :

  • Démocratie participative [mai]
  • Innovation sociale [juin]
  • Entrepreuneuriat social [juillet]

En 2015 et 2016, le Réseau des Praticiens du Développement s'était déjà essayé à quelques webinars, à l'occasion d'ateliers du Réseau à Lyon. Les webinars avaient permis aux membres qui ne pouvaient pas se rendre à l'atelier d'avoir un bref aperçu de la thématique et de pouvoir discuter avec les animateurs de l'atelier et leurs collègues. Cette fois-ci, l'ambition est de donner l'opportunité aux membres du Réseau d'échanger avec des intervenants externes sur des thématiques qui touchent à la transition des territoires et des modèles de développement. Ils pourront servir de points de départ de réflexions collectives sur ces sujets.

Pour les publics extérieurs au Réseau (non membres), l'accès au webinar se fait sur demande.

3
4
12/04/2017
La redevabilité est-elle indispensable pour le développement local ? (analyse)

Gérard Laleye est chargé de programme redevabilité et infrastructures au bureau de la coopération suisse au Bénin. Il accompagne 37 radios communautaires et de proximité pour pouvoir produire, émettre et contribuer à la redevabilité, dans le cadre d’un nouveau programme ambitieux lancé en 2016. Le programme dépasse le simple appui aux radios, avec un appui plus large à la société civile.

Bonjour Gérard. Pour commencer cet entretien, peux-tu nous dire ce que tu mets derrière le terme « redevabilité » ?
La redevabilité, c’est l’obligation pour un responsable public de rendre compte de l’exercice d’une responsabilité donnée par les citoyens et sous-tendue selon nous par 3 principes :

La redevabilité, c’est répondre à une demande. En tant qu’acteurs, on ne décrète pas la redevabilité. On ne se lève pas en se disant « je suis redevable ». On doit donc rendre compte par rapport aux demandes des citoyens ;

La redevabilité, c’est [aussi] pouvoir sanctionner. Les partenaires, les citoyens, doivent avoir les moyens de sanctionner (et pas juste d’interpeller). S’il y a mauvaise gestion, il faut pouvoir porter le cas devant la justice etc. Sans cette possibilité, on n’est pas dans la redevabilité ;

La redevabilité n’est pas ponctuelle ou sélective. On rend compte pendant les 5 ans de son mandat pour un élu local. L’élu ne peut pas décider de ne rendre compte que d’une partie de sa mission, ou à un seul moment. Il est redevable en continu.

La redevabilité, c’est donc des élus vers les citoyens ?
Pas seulement. Toute personne investie d’un mandat par un groupe, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un mandat public, doit être redevable. Il peut donc très bien s’agir de directeurs des services déconcentrés de l’Etat par exemple. Mais j’irais un peu plus loin pour dire que la redevabilité doit être développée au niveau de la société civile. Quand un groupe de citoyens ou une association reçoit des fonds publics ou est dépositaire d’un organe de gouvernance (un conseil d’administration par exemple), il doit être redevable. On doit pousser la société civile à être exemplaire. Tous ceux qui ont un engagement vis-à-vis d’un groupe sont redevables.

En quoi la redevabilité est importante ?
Elle fait partie des mécanismes de transparence. Sans transparence, difficile d’évaluer les résultats, de vérifier qu’on va vers l’objectif qu’on s’est fixé ensemble. Sans transparence, on est dans des systèmes opaques, de corruption.

La redevabilité est nécessaire pour mettre en confiance les différents acteurs qui doivent travailler ensemble. Elle oblige la personne au pouvoir à se rendre compte qu’elle tient le pouvoir des personnes qui lui ont confié, auxquelles elle est redevable. On casse la mentalité de « quand on est chef on ne rend pas compte ». Par la même occasion, on rassure ceux qui ont engagé des ressources ou du temps sur le fait que ceux-ci sont bien utilisés.

La redevabilité permet aussi de prendre des décisions éclairées. Il ne s’agit pas que de savoir si on peut continuer avec la même personne, mais aussi d’avoir conscience des problèmes qui se posent à elle, de pouvoir re-questionner la stratégie par rapport au constat fait au départ, de pouvoir trouver des moyens d’agir avec la personne qui est redevable.

Comment s’exerce la redevabilité concrètement ? Quelles formes peut-elle prendre ?
Pour le sujet que l’on connait le mieux, la radio, la redevabilité consiste surtout à déclencher un échange entre les élus et la population, qui a la compétence d’usage de l’espace publique. L’échange se fait à travers le média et donne plus d’ampleur que lors d’une réunion en présentiel. De plus, les radios de proximité utilisent les langues parlées dans les communautés, ce qui est un avantage. On peut aussi interpeller les acteurs publics autour de préoccupations très concrètes, comme l’accès à l’eau, avec une réaction rapide via la radio. La radio peut aussi servir comme relais pour couvrir les discussions du conseil communal, ouvert à tous mais auquel peu assistent. Les citoyens sont ainsi tout de suite au courant des décisions prises et peuvent réagir rapidement.

Pour autant, la rencontre physique reste importante. La redevabilité se fait au Bénin souvent à travers des assemblées. Le Maire invite les populations à se déplacer pour expliquer ce qu’il a fait depuis 6 mois, ou un an. Le principal problème de ces réunions c’est que le Maire résume ce qu’il a fait mais que ce n’est pas toujours mis en comparaison avec ce qui avait été prévu. On essaie donc d’inciter les maires à donner leur programmation à la société civile pour que celle-ci soit au courant. Dans la même veine, les services déconcentrés viennent parfois en Région pour faire un résumé sectoriel de la manière dont ils ont utilisé les ressoures.

Et puis, il ne faut pas l’oublier, la redevabilité passe aussi par le dialogue en direct entre les acteurs. La direction de la coopération suisse au Bénin est par exemple souvent en contact avec les ministères, ce qui ouvre un dialogue politique.

Quelle est la situation aujourd’hui en termes de redevabilité au Bénin ?
L’environnement est beaucoup favorable qu’il ne l’était il y a quelques années. Aujourd’hui plusieurs élus ou représentants mettent en avant le fait que la redevabilité les conforte dans leur travail. Le terme lui-même est de plus en plus utilisé et le cadre juridique, institutionnel s’est mis en place. On a dégagé des moyens pour travailler sur la redevabilité. Les ministères évoluent aussi vers plus de transparence et d’efficacité, avec le souci de mettre en place une gestion axée sur les résultats etc.

Pour autant il y a encore des cas de corruption qui sont laissés impunis. Au niveau local la gestion est encore à améliorer, par exemple au niveau du passage de marchés publics. Peu de dossiers vont en justice ou les dossiers trainent.

As-tu vu apparaitre de grands changements depuis 10 ans ? Et y en a-t-il à venir ?
La décentralisation a démarré en 2003 au Bénin et au cours de la première mandature, très peu de communes avaient une société civile organisée sur les territoires. Aujourd’hui on a une société civile active sur les 117 communes. Les élus ont fini par accepter que la société commune fasse son travail, alors qu’ils les considéraient avant comme des opposants politiques. Or le travail de la société civile est indispensable : il permet d’avoir des rapports indépendants qui décrivent la situation sur le terrain, essaient d’établir des responsabilités de trouver des responsabilités et interpellent ainsi les élus.

L’utilisation des médias et la diffusion du numérique favorisent le transit d’informations. Le fait que les informations circulent plus vite amène les responsables publics à faire davantage l’effort de communiquer sur ce qu’ils font. Ils sentent qu’il y a derrière un enjeu qui peut toucher à leur crédibilité, à la confiance que les citoyens ont vis-à-vis d’eux. Les acteurs publics doivent être plus exemplaires pour ne pas être exposés sur les médias sociaux.

La redevabilité concerne-t-elle tous les agents de développement local ?
On ne peut pas faire de développement sans aborder la question de la gouvernance. La bonne gestion des ressources, l’implication des groupes sociaux, le cadrage du développement dans le temps… sont autant de points indispensables sur lesquels la redevabilité a un fort impact. Les développeurs sont au cœur de processus multi-acteurs ; si chacun ne dis pas ce qu’il fait, on va dans la cacophonie.

Par ailleurs, il est important de rattacher le travail local avec les politiques publiques aux échelons supérieurs, donc il faut savoir aussi ce qui se fait au niveau de cette politique. Et parfois demander des éclaircissements. Si on ne fait pas ce travail d’échange, de redevabilité, on court le risque d’être mis en difficulté ou de mettre en difficulté les actions de l’Etat. Il faut se situer par rapport au travail que nous faisons.

Et puis évidemment, il y a la question de l’efficacité. La commune n’a par exemple pas les moyens d’être partout au Bénin. Le personnel est limité. Par contre il y a pas mal d’ONG qui ont du personnel, des moyens. Avec un mécanisme de redevabilité on a un espace d’échange, d’inter-action entre acteurs du développement sur un territoire. Cela aide le maire à prendre des décisions pertinentes. Là où il y a le plus problèmes de manque d’eau, la commune a intérêt à le savoir par les citoyens, les ONG qui remonteront l’info.

A l’inverse sans mécanisme de redevabilité le maire prend le risque de se faire destituer par le conseil communal, ce qui arrive régulièrement. La redevabilité est au bénéfice de ceux qui la pratiquent.

Quel est le rôle d’un agent de développement local dans le processus de redevabilité ?
L’agent de développement doit avant tout être un exemple : informer communiquer, rendre compte à son niveau. Un agent de développement c’est aussi un citoyen, dans une dynamique de droits et de devoirs qu’il doit bien connaitre. Il doit aussi mener une démarche « pédagogique » envers les autorités.

Pour cela il faut faire attention à ne pas faire les choses trop brusquement. Il ne faut pas ignorer le fait qu’un manque de redevabilité ne veut pas forcément dire qu’un individu veut cacher des choses. Il y a des pesanteurs, des maires qui ne sont pas toujours préparés.

Les préalables c’est donc d’échanger avec les personnes avec qui on veut travailler, de les faire observer les textes et peu à peu les amener à ce qu’ils devraient faire. Il faut aussi penser à des alliances ; une ONG ne fera pas changer seule les choses. On doit s’organiser, avoir des représentants pour faire bouger les choses. Un acteur ne doivt pas y aller seul.

Quelles compétences faut-il pour travailler sur la redevabilité ?
Deux choses sont essentielles : il faut être exemplaire, et être formé spécifiquement à la redevabilité.

Pour le premier point, cela va de soi : on ne peut pas demander à d’autres d’être transparents si on n’applique pas soi-même des pratiques de bonne gouvernance.

Concernant la formation, il s’agit d’avoir des personnes préparées à travailler sur la redevabilité : il faut avoir des compétences techniques dans son métier, mais aussi savoir partager ou rendre accessibles des informations, connaitre les principes de la redevabilité, bien connaitre les droits et devoirs des citoyens, le fonctionnement des budgets et les lois qui encadrent la vie politique… Un journaliste qui anime un débat avec des politiciens à son antenne devra être spécifiquement préparé. Travailler sur la redevabilité, c’est travailler sur des sujets sensibles qui touchent au politique et au rapport avec les citoyens.

3
4
31/03/2017
Focus acteur : Morrel Mokosso, fondateur de l'ADJD et membre du réseau

Morrel Mokosso est né et a grandi à Bangui (République Centrafricaine) avant de s’installer à Rillieux-la-Pape, en région lyonnaise (France) en 2005. Il a créé l’association d’éducation populaire ADJD (Auprès Des Jeunes Démunis) qu’il développe depuis 2008 et qui travaille à la fois à Bangui et à Rillieux-la-Pape. L’ADJD utilise des leviers comme le sport, la culture ou le commerce pour intéresser des jeunes démunis à la vie en société, travailler sur le vivre ensemble et les questions de citoyenneté. L’ADJD a reçu la médaille de la ville de Rillieux-la-Pape pour ses actions et sert de point focal en coordonnant par exemple la Semaine de la Solidarité Internationale.

Bonjour Morrel. Comment as-tu commencé à travailler en France et qu’est-ce qui t’as amené à t’engager sur la commune de Rillieux-la-Pape ?
Je suis né et j’ai grandis à Bangui, où j’étais engagé dans une association sportive de tennis de table qui faisait l’insertion des jeunes démunis par le sport. A l’époque, je jouais dans la sélection du pays. En 2005, je suis arrivé en France et un cousin m’a rapidement proposé de travailler dans son entreprise, située à Rillieux-la-Pape. J’y ai rencontré ma compagne. On peut dire que j’ai eu la chance de vite intégrer le système : j’avais une vie tranquille avec le minimum, un appartement, une famille, un travail. Pour autant, je n’ai pas oublié mes amis de Centrafrique, dont l’association manquait de moyens pour mettre en place des actions d’insertion pour les jeunes à Bangui.

Au début, j’ai voulu les aider en créant un projet pour amener des formateurs et du matériel à Bangui. Et puis j’ai rencontré la vice-championne de France de tennis de table Sarah HANFFOU qui m’a dit : « Pourquoi tu ne montes pas une association ? Ça serait plus efficace, tu pourrais avoir une assurance etc. ». J’ai donc créé l’ADJD en 2008, d’abord comme association de solidarité internationale pour aider l’insertion des jeunes démunis par le sport. L’association a vite évolué puisque parmi les personnes qui l’ont intégrée, certains ne connaissaient pas du tout le milieu du sport et préféraient utiliser la culture pour appuyer les jeunes. On a évolué vers l’éducation populaire au sens large.

L’association est basée à Rillieux-la-Pape. Pourquoi ? En quoi cette commune est spéciale ?
La France est un pays qui présente une grande diversité dans les origines, mais aussi un pays d’inégalités, avec des zones aisées et des zones « populaires ». Rillieux-la-Pape c’est un peu la France en miniature – avec Rillieux village qui contraste avec la ville nouvelle, plus populaire. La commune compte environ 30 000 habitants, et il y a peu de mélange et d’échanges entre les 2 quartiers.

Au départ on ne travaillait qu’à Bangui. Et puis je me suis dit : « Pourquoi on ne ferait rien ici ? Les jeunes ont aussi du mal à s’intégrer ». Quelque part, on fait le même travail en France et en Centrafrique, car on voit des points communs : les vols, la violence… Mais on travaille beaucoup sur les causes et elles sont très différentes ici et là-bas. A Bangui, la guerre civile a créé des orphelins, en France c’est plutôt des laissés pour compte. A Bangui, il n’y a pas de violence contre la police. Par contre les enfants rentrent dans des groupes armés…

Qu’est-ce que tu essayes d’améliorer ?
L’objet de l’ADJD c’est l’éducation populaire, l’insertion sociale des jeunes. On dit souvent qu’on travaille sur la citoyenneté, c’est-à-dire pour nous sur le vivre ensemble. A Rillieux quand on va dans les quartiers populaires, on a des jeunes qui ne se considèrent pas membres du territoire. Il faut dire qu’on fait tout pour : on les catégorise comme habitants des « quartiers sensibles », des « racailles ». Ils se sentent à part, donc quand on leur parle de la mairie, de l’Etat… ils pensent qu’ils n’ont rien à voir avec ça, qu’ils ne sont pas concernés.

Notre enjeu c’est de les amener à comprendre qu’ils font partie de ce territoire, qu’ils acceptent qu’ils fassent partie de la société. Je leur dit souvent : « quand un père de famille regroupe sa famille pour prendre une décision importante, s’il manque un enfant c’est problématique. A Rillieux c’est pareil ». Concrètement, on essaye de faire germer une certaine idée de la citoyenneté. En ce moment on accompagne un groupe de jeunes qui voulaient skier mais qui n’avaient pas les moyens. On les a aidés à réaliser leur voyage. On en profite pour leur montrer comment construire un projet, trouver des fonds, auprès de qui chercher… A chaque réunion on prend du temps pour parler d’un sujet citoyen de leur choix. Par exemple comment un jeune construit son avenir…

Avec quels acteurs travailles-tu à Rillieux-la-Pape ?
On bosse avec différents services de la mairie sur nos projets : le service jeunesse, le service social etc. Parfois aussi avec la Métropole. On a travaillé avec le GPV (Grand Projet Ville) qui réunit les techniciens de la mairie et du Grand Lyon. On peut aussi réunir d’autres acteurs en fonction des projets, comme d’autres associations, des médiateurs de la mairie, Pôle Emploi…

Dernièrement, on a par exemple développé le projet face to face – dialogue entre la police et les jeunes. C’est tombé en même temps que la grosse médiatisation de heurts entre les jeunes et la police. Sur la ville, certains nous ont dit : « vous jouez avec le feu ».

On est partis dans les quartiers pour rencontrer les jeunes et les inviter à venir à cette rencontre avec la Police. Certains nous disent que ça ne les intéresse pas, ou que les policiers sont leurs ennemis. Mais une vingtaine de jeunes sont venus. On avait un comédien pour que les jeunes prennent la place des policiers et inversement. C’était marrant. Les jeunes ont proposé des choses à changer dans l’attitude des policiers, la police a fait ses propres propositions pour les jeunes et nous on a renchérit.

Après pour avoir un vrai impact, il faudra refaire d’autres rencontres. Il faut des éléments attractifs pour attirer les jeunes, le petit déjeuner ou le repas offert. On essaie de les mettre dans un climat de confiance, de parler un langage qu’ils connaissent.

Qu’est-ce qui est important dans ton action ?
La stratégie d’approche. L’introduction, le aller vers, c’est primordial. J’ai travaillé avec des gens au centre social qui travaillent sur des projets de proximité et qui sont très affutés sur les politiques locales. Mais ils manquent de technique d’approche pour aller chercher les jeunes là où ils sont.

Nous on a des jeunes de l’association qui vivent sur les quartiers qu’on essaye de toucher. Parfois je m’habille un peu comme eux pour y aller, en survêtement.  On arrive « tac tac, on est une asso, on organise un événement, voilà, y a un petit déj et tout ça, on vous invite ». Certains ont des comportements très impolis mais au début il faut accepter de subir ça : le but c’est qu’ils participent à l’activité. Ensuite, une fois qu’on les a accrochés, on peut donner quelques règles. Je leur dis souvent « je suis plus grand que vous, pourtant je vous respecte. Faites pareil ». Au début on parle leur langage, on est tolérant ; ensuite on leur demande d’accepter eux aussi quelques règles et on leur fait comprendre qu’ils comptent sur le territoire et que le territoire compte aussi sur eux.

Il faut aussi se donner les moyens pour qu’à la fin on arrive au résultat attendu. Pour face to face on voulait que les jeunes comprennent que la police est importante et que dans la vie en société, il faut des lois et donc quelqu’un pour les faire respecter. C’était notre objectif. Les jeunes ont aussi signalé le comportement anormal de certains policiers, ce qui était important pour eux.

Qu’est-ce qui est difficile ?
On peut parler du vivre ensemble mais si le jeune n’a pas a mangé et n’a pas un sou, il n’en a rien à foutre du vivre ensemble. J’ai été surpris en venant en France de voir qu’il y a des enfants qui n’ont pas à manger en partant à l’école. Un jour, on avait organisé un petit déjeuner « comment manger sain le matin » et on s’est aperçu qu’il y en a qui ne mangeaient pas du tout car il n’y avait rien à la maison. Il faut vraiment être à l’écoute et prendre les problèmes les uns après les autres.

Quelle conviction te porte tous les jours et te motive à aller sur le terrain ? Qu’est-ce qui te plait dans ton engagement ?
Au début ce qui me plaisait c’était le sport, et l’insertion des jeunes par le sport. Je liais mon plaisir de jouer et avec celui de partager avec d’autres. Je suis quelqu’un qui adore le contact, la relation avec les autres. Pour face to face, on est obligés d’aller sur le quartier pour mobiliser les gens et du coup on parle. J’aime ça. Moi aussi je faisais des conneries jeune, et ça me motive de construire les projets, de les mettre en œuvre sur le terrain. On fait notre stratégie d’approche avec les collègues et on y va. Parfois un collègue rebondit sur ce que je dis et quand ça prend auprès du jeune, ça nous fait plaisir.

On voit vraiment le changement : l’ADJD accueille souvent des jeunes qui sont en stage au collège, en université, ou en service civique. Quand ils quittent l’association après 6 mois, ce ne sont plus les mêmes. Au début ils arrivent avec leur langage et on leur dit « bah non ça marche pas comme ça, il faut s’adapter ». Après 6 mois ils ont évolué dans leur esprit.

Quel est ton prochain grand chantier ?
On a deux grands projets – un ici et un en Centrafrique.

• A Rillieux, on a remarqué que beaucoup de jeunes risquent de se radicaliser. On veut travailler là-dessus. On veut prendre en charge 20 jeunes sur l’année sur un accompagnement individuel à l’insertion professionnelle, pour suivre et voir ce que ça change. On espère 10 000 € de la mairie, la préfecture et le Ministère de l’égalité pour ce chantier, pour un budget total d’environ 20 000€. On cible des jeunes sans activité au-dessus de 18 ans avec priorité à ceux qui ont été en prison.

• A Bangui on a développé un site (NDLR : un lieu d’accueil) qui fait de l’insertion sociale et professionnelle par le tennis de table, l’agriculture et le commerce. Dans la commune voisine de Bangui (Bimbo, environ 200 000 habitants), les jeunes nous ont demandé pourquoi ils n’avaient pas le même site qu’à Bangui. On a donc décidé d’ouvrir un deuxième site. Comme la vie ne coûte pas cher dans cette commune, on va faire un plus grand site, et la mairie nous offre un terrain de 2 hectares, ce qui permettra d’accueillir 40 jeunes en formation chaque année. En tout c’est un budget de 60 000€ ; pour nous c’est un gros projet.

Une personne ou un livre que tu trouves inspirant ?
La phrase de Nelson Mandela : « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ». Je trouve qu’elle résume bien mon parcours associatif. On essaie, on fait des choses, parfois on se trompe. Mais on ne baisse pas les bras, on apprend et on revient plus fort. J’entends souvent des acteurs se demander : « face à ces constats, est-ce qu’on peut encore espérer ? ». Pour moi, les travailleurs associatifs sont des combattants, on se bat au quotidien. Le monde évolue, il y a des bonnes choses qui émergent, d’autres moins. Pour nous il faut toujours se mobiliser, lutter. Il faut toujours espérer. Et parfois suivre une formation pour se ressourcer et se recycler.

3
4
03/03/2017
Réussite du Crowdfunding, des bourses disponibles pour se former à la Capitalisation d'Expérience et à 4 autres modules

Campagne de financement développement local pour l'avenir : objectif atteint

Début janvier, le RAFOD et le CIEDEL, lançaient une campagne de financement participatif pour financer la formation de professionnels issus des pays du Sud. La campagne a atteint ses objectifs et obtenu de nombreux soutiens : avec plus de 13 300€ récoltés, nous mettons à disposition 7 bourses d'études complètes pour des modules de formation au printemps.

La campagne a reçu le soutien de 150 personnes qui se sont rassemblées pour soutenir le développement local et les acteurs du développement. Les bourses proposées (2 semaines de formation par personne) concernent les modules :

Le calendrier de formation est à retrouver sur www.ciedel.org.

Sont éligibles pour ces bourses :

  • Tout(e) professionnel(le) issu(e) d'un pays du Sud n'ayant jamais effectué de formation au CIEDEL ;
  • Agé(e) de moins de 50 ans ;
  • Ne disposant pas d'autres financements (les professionnel(le)s ayant déjà un co-financement peuvent accéder aux bourses habituelles du RAFOD)
  • Dont la candidature est acceptée par le CIEDEL (pré-requis : au moins 3 ans à 5 ans d'expérience professionnelle)

Les demandes de bourse seront étudiées par un comité d'allocation des bourses, après validation de l'inscription au CIEDEL par le comité pédagogique. La première démarche à faire est donc de réaliser une pré-inscription au CIEDEL pour pouvoir faire votre demande de bourse.

Renseignements : rafod@rafod.org

3
4
03/03/2017
Focus acteur : Arnaldo SERNA, éducateur pour le développement et coach au Pérou

Arnaldo SERNA est éducateur pour le développement. Il travaille à Escuela para el Desarollo, au Pérou, sur la base de l’apprentissage participatif. La principale mission d’Escuela para el Desarollo est de renforcer les capacités de professionnels qui travaillent dans différents contextes. Arnaldo travaille aussi dans un cadre plus large sur l’éducation populaire en Amérique Latine et sur la citoyenneté au niveau mondial, avec le réseau des centres de formation PROFADEL, dont le CIEDEL et Escuela sont membres.

Peux-tu nous dire quel est ton travail et ce que tu essayes d’améliorer ?
Je vais parler essentiellement de mon rôle à Escuela para el Desarollo. Mon travail est avant tout un travail de formation. Mon rôle est de renforcer les capacités de professionnels du développement pour qu’ils puissent mieux faire leur travail.

Dans le cadre de ce travail, j’ai contribué à développer, avec le PROFADEL, un Master International sur les questions de citoyenneté. Pour le développement, je crois que la citoyenneté est l’élément clé. Depuis les années 1990 on travaille sur les questions de genre, de droits, de développement durable et d’interculturalité. Ces 4 approches sont indispensables, mais elles reposent sur un socle commun, qui est la citoyenneté. Ce sont « les quatre pieds d'une table et la citoyenneté est le plateau qui les unit et les intègre ». La citoyenneté est donc la base de notre travail.

Escuela para el Desarollo fait aussi un travail d’étude, d’expertise… Car en fait ce que l’on veut c’est aussi innover dans la formation, améliorer les processus de renforcement des capacités, et pas seulement chez nous. Du coup, on fait des expériences, on travaille par exemple sur les réseaux sociaux, l’apprentissage virtuel… On aimerait réussir à adapter l’apprentissage expérientiel participatif, qui est notre marque de fabrique, au virtuel. C’est notre grand défi.

Toujours dans l’innovation, on veut aussi promouvoir une communauté inter-apprentissage sur le développement avec les acteurs, partenaires… Je préfère le mot communauté au mot réseau, car il y a une notion d’appartenance, d’identité, de proximité et de participation. Escuela virtual [plateforme d’échanges virtuels multi-thématiques] a été développée avec une philosophie proche de celle du Réseau des Praticiens du Développement : partager des savoirs, créer des espaces pour d’autres apprentissages. L’étape suivante c’est de faire l’échange entre Communauté Amérique latine et francophone. Ce qui m’intéresse c’est d’évoluer vers l’école citoyenne ; c’est une méthodologie de travail qui permet la réflexion ensemble. A Escuela on voudrait le faire de manière semi-présentielle – mais on pourrait essayer du totalement virtuel. Le réseau des Praticiens peut être l’occasion de voir comment ça marche, d’expérimenter, d’innover.

Quelle conviction te porte tous les jours et te motive à aller travailler, t’influence dans ton travail ?
Pour moi aujourd’hui le mot clé est « changement ». Aujourd’hui, on voit très clairement qu’il y a beaucoup de situations de crises, de conflit, avec des acteurs qui s’emparent de ces problèmes mais ne font pas toujours avancer les choses. Si on continue tous à faire les choses de la même manière c’est la catastrophe assurée. Moi je me dis : qu’est-ce qu’on peut faire ? On doit changer.

Le défi est de faire changer des personnes adultes (y compris moi-même), parfois des consultants ou des personnes considérées comme expertes. J’ai en tête l’exemple d’un professionnel qui était venu à une formation au Développement Durable pour trouver des compétences techniques. On a remarqué qu’il était très machiste. La question est : comment on fait pour le faire changer aussi sur sa perception du genre ? Comment on fait en sorte qu’il prenne conscience, globalement, de sa propre perception et pour qu’il change profondément ?

C’est lorsque l’on arrive à provoquer ce type de changement que je trouve qu’on a réussi notre pari.

Est-ce que tu parviens à identifier un moment qui a été déterminant pour la suite de ton engagement professionnel et qui finalement t’a amené là où tu es ?
Un soir, alors que j’emmenais ma fille de 6 ans se coucher, elle m’a demandé « Papa, qu’est-ce que tu vas faire pour améliorer le monde ? ». Je travaillais déjà à Escuela para el Desarollo mais je me suis questionné. Je mettais en place des ateliers, des formations, mais est-ce que je faisais vraiment une différence ? J’ai quitté provisoirement mon poste pour travailler avec le Mouvement Social, Amnesty International, YMCA. Je me suis aussi formé au coaching. Je suis revenu à Escuela para el Desarollo avec une plus grande ouverture vers le monde, et des idées sur le changement, qui commence par soi-même mais peut avoir un impact global. Ce sont les individus eux-mêmes que l’on essaie de transformer – les communautés d’apprentissage permettent d’aider à accéder à ce changement.

Tu as une particularité, tu as développé une activité de coaching. Ça consiste en quoi et qu’est-ce que ça t’apporte ?
Il y a beaucoup de confusion sur le coaching. On le mélange avec le leadership. Pour moi, une personne qui donne une conférence n’est pas un coach.

Le coaching, c’est le changement à partir de la prise de conscience. L’outil clé du coach c’est les questions. Pour poser les bonnes questions, et permettre une prise de conscience (insight) il faut beaucoup observer le processus d’évolution de la personne. On clarifie vraiment les buts, ce que la personne veut vraiment vraiment faire. On peut s’appuyer sur différentes disciplines – philo etc. Il faut travailler avec la personne sur la manière dont elle va se mobiliser pour faire le changement. Le coaching, c’est beaucoup de pouvoir, et donc beaucoup de responsabilité.

En fait, si on considère l’apprentissage comme un processus, ça veut dire que le plus gros de l’apprentissage vient à moyen terme, donc il faut cet accompagnement. Avant je me disais « on va faire les bons outils, les bons contenus, les ateliers »… mais sans accompagnement, la plupart du temps, il n’y a pas de changement profond.

Quel est ton prochain grand chantier ?
Mon grand chantier est autour de la citoyenneté et de l’éducation citoyenne. Pour moi la citoyenneté est plus complexe et plus importante que les thèmes que j’ai travaillés avant – elle touche aux droits, à l’éthique, au travail avec les autres…

Je parle bien de citoyenneté sur les territoires. Comment on fait pour améliorer les relations d’une communauté qui partage différentes choses sur un territoire. Les questions virtuelles peuvent permettre de partager à un niveau plus global, mais les fruits et le processus sont aussi locaux. Je veux monter des ponts entre les communautés locales et les plateformes de réflexion globale.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien ?
Je recommanderais Stephen Covey, et notamment son ouvrage 7 habits of highly effective people (traduit en français « les 7 habitudes des gens efficaces »), paru en 1989. Le livre pose 7 principes qui aident les personnes à gérer leurs projets, leur vie, s’ils arrivent à les intégrer dans leurs habitudes. Ces principes sont pour lui universels, intemporels, donc peuvent nous servir à tous. Sur la base de ces principes on peut faire beaucoup de choses. Depuis 1989, ils ont réédité sans arrêt et, en 2005, Stephen Covey a revu son ouvrage en y intégrant un 8ème principe : la transcendance. Il suggère de trouver de quoi on est fait et de quoi l’autre est fait. Edifier ma propre vision et aider ensuite l’autre à trouver sa propre vision. Il y a des schémas sur les 7 principes qui se classent dans les catégories « intra-personnel » et « inter-personnel ». Ce qui est intéressant c’est que le 8ème est sur une troisième dimension.

G.B.
 

3
4
03/03/2017
Numérique mobile et développement local en Afrique (analyse)

Photo : un homme au téléphone au Kenya, région de Nairobi

Benoît Lecomte est membre du réseau des praticiens du développement et travaille au GRAD (basé en Suisse), une organisation d’appui pour les organisations paysannes en Afrique.  Il travaille depuis quelques années sur l’usage du numérique comme accélérateur du développement, notamment dans les milieux ruraux. Il travaille principalement sur l’usage du numérique mobile au service du développement local [smartphones, applications, réseaux sociaux…], et offre des prestations (formations-sensibilisations Facebook 4 Dév)  et conseils stratégiques aux acteurs du développement du Nord et des Suds..

Quelle est la situation du numérique mobile en Afrique Francophone en 2017 ?
B.L. Il y a 5 ans, quand le GRAD s’est sérieusement penché sur les questions de numérique, j’avais parié avec mes collègues que dans 10 ans [en 2022], tout le monde aurait un smartphone et qu’il serait le principal outil de communication pour le  développement en Afrique de l'Ouest. Aujourd’hui, on s’en rapproche avec des taux d’équipement, mais surtout des usages et une appropriation, qui explosent. Chacun a déjà un téléphone, et je fais l’hypothèse que dans 3 à 5 ans ils auront sans doute tous un smartphone et seront capables de faire plein d'autres choses que de communiquer avec !

Où en est-on actuellement de l'usage du numérique pour le développement local ?
B.L. Il y a quelques années, je parlais du numérique comme d’un formidable outil de communication au service du développement. Aujourd’hui je parle d’un outil pour le développement voire carrément de L’OUTIL clé du développement en Afrique. Il y a 5 ans, on m’aurait regardé avec des yeux bizarres mais aujourd’hui, il commence à y avoir une prise de conscience. Jeffrey D. Sachs, Conseiller spécial sur les Objectifs du Millénaire pour le développement auprès du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, exhortait il y a peu l’Afrique à utiliser la technologie comme premier outil de développement.

Le numérique mobile se développe aujourd’hui autour de deux grands axes. D’abord, la banque mobile, qui est la principale révolution actuelle et va entrainer derrière elle l’éco-système numérique. Dans certains pays, on est passé de taux de bancarisation (NDLR : les personnes qui utilisent des services bancaires) de 5 % à un taux de possession de « portefeuille mobile » de 50% en 5 ans. Pour le mois de Décembre 2015, Orange annonçait par exemple que l’équivalent de 25% du PIB malien avait transité par ses services de transfert mobile.

Ensuite, d’une manière générale, le développement de services innovants très simples et très fonctionnels basés sur des besoins exprimés directement par les citoyens au niveau local – souvent en rapport avec les ODD. Je vais donner 2 exemples. Le premier c’est un service développé pour les fillettes d’un bidonville qui perdaient chaque jour 1 à 2h pour faire la queue au puit : elles ont suggéré une application qui les aiderait à savoir quand leur tour vient et qui leur permet de libérer 2h pour d’autres tâches. Le second, c’est un fils d’éleveur qui a développé une application pour recenser et identifier  les vaches d’un troupeau (photos à l’appui) et envoyer une alerte aux éleveurs de la région si l’une des vaches disparait. L’application permet de sauver des bêtes et d’instaurer une sorte d'assurance collaborative entre éleveurs.

Comment le numérique, notamment mobile, se différencie-t-il d’autres outils ?
B.L. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que chaque personne qui a un smartphone a en fait une véritable station de communication ET de production dans la poche. Et tout cela pour un investissement « modique » (hors achat de matériel) en termes d’argent, à condition d’y passer du temps. En clair qu’est-ce que cela veut dire ?

D’abord chaque acteur va pouvoir utiliser son smartphone pour capter, mais aussi produire de l’information stratégique, ce qui change radicalement la donne. J’ai par exemple été surpris de voir un producteur de légumes bio qui s’était créé une Page Facebook pour mettre en avant ses produits et n’avait que 12 « fans ». Il m’a expliqué que ces 12 personnes étaient ses 12 clients et qu’il les informait quand ses produits étaient prêts ou quand il avait des nouveautés. Il n’aurait jamais pu le faire à si faible coût et à cette échelle via les outils de communication traditionnels.

Ensuite chacun peut produire du savoir : un agriculteur peut par exemple tourner une petite vidéo pour mettre en valeur ses expérimentations. On peut transférer des savoirs directement depuis le terrain pour peu qu’on ait des canaux pour les diffuser. Et ça c’est aussi un changement important.

Quels sont les usages les plus prometteurs pour les 10 prochaines années ?
B.L. Les usages peuvent être multiples et surtout transversaux. Il ne faut pas penser le numérique comme une simple thématique de développement, mais comme un éco-système qui doit rayonner sur l’ensemble des ODD. Certains domaines pourraient être révolutionnées par le numérique, surtout pour les populations les plus vulnérables et les plus éloignées des infrastructures : femmes et petites filles au foyer, paysans, omades, ...

La santé par exemple, avec l’explosion des applications d’aide au suivi médical à distance qui peuvent permettre à la fois de gagner en réactivité dans des situations d’urgence, d’améliorer l’accès à l’information (par exemple sur la santé de la reproduction) et d’instaurer un suivi en continu. Ou encore l’agriculture, par exemple pour l’achat et la vente des produits, la construction de circuits courts  de distribution,  etc.

Un autre usage très prometteur c’est le « webcal » autrement dit le web adapté au niveau local. L’idée peut paraître contre-intuitive, puisque le web est global ; mais pour autant on peut l’utiliser localement, comme cela commence à se faire en Europe (sites d’échange entre voisins etc.). On peut par exemple créer des groupes géographiques ou linguistiques pour adapter les informations et usages au contexte local. Ou pour permettre à des ressortissants partis à l’étranger d’avoir les infos du village sur Facebook. J’ai rencontré un homme qui prenait des photos de tous les événements de son village et avait construit sur Facebook  toute une mémoire de sa communauté. Tous ces savoirs utiles aux locaux et peuvent être ensuite « fécondés » dans un sens comme dans l’autre : on traduit des informations utiles dans sa propre langue, et on produit et partage ses innovations qui seront adaptées par d’autres. On peut faire l’intermédiation entre tous les savoirs du monde et ceux qui sont utiles localement.

Pourquoi les développeurs ont du mal à se saisir de ces outils ?
B.L. La révolution n’est pas venue d’eux. En fait, le numérique se développe très bien sans les systèmes d’aide habituels (internationale, locale) car les bénéfices apparaissent très clairement aux usagers et aux entreprises qui s’y lancent à fond. Ce sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et les opérateurs comme Orange qui emmènent cette révolution et je pense que c’est pour cela que les développeurs locaux n’en ont pas tout de suite saisi les enjeux, voire l’ont contestée.

Or, il est primordial que les développeurs locaux se lancent le plus rapidement possible sur les outils numériques. On assiste à une révolution bien trop importante pour la laisser aux communicants et au multinationales ! Il faut dès aujourd’hui que les développeurs commencent à tester les outils existants, faire de la veille… Pas forcément besoin de créer des nouveaux outils,  ni d’équiper les ménages, ça se fera très bien et très vite tout seul. Dans 5 ans, c’est dans leurs usages et la richesse des contenus, qu’on doit être prêts à accompagner les acteurs locaux car sinon, la révolution se fera sans nous !

Quel peut-être leur rôle ?
B.L. Le développement du numérique mobile va permettre aux développeurs locaux d’être plus innovants, plus créatifs, plus réactifs, mais surtout plus impactants et plus efficients  et même parfois de travailler de façon plus participative et interactive.

Il y a déjà un développement de l’éco-système numérique en Afrique de l’Ouest ; les Fab-Lab, les universités, font émerger des pros de la bidouille informatique, capables de créer des applications pour toute sorte de choses. Mais il va falloir qu’ils rencontrent  les acteurs locaux et leurs besoins. Je pense que les développeurs locaux ont intérêt à favoriser la rencontre entre les acteurs locaux et les développeurs informatiques, tout comme ils ont l’habitude de le faire lorsqu’ils mettent en relation élus et population par exemple. En quelque sorte, les « développeurs doivent se mettre au service des développeurs ». Certaines applications ont émergé car elles étaient issues des réflexions d’acteurs locaux ; un développeur de la Silicon Valley n’aurait jamais pu imaginer une application pour recenser les vaches, car ils ne savent même pas qu’un éleveur peut reconnaître une vache parmi 1 000 uniquement grâce à son pelage.

Le plus intéressant pour les développeurs locaux, c’est sans doute le côté « Smart » du mobile. L’enjeu est d’adapter au mieux les outils à leurs utilisateurs – c’est-à-dire de sélectionner, prémâcher l’information pour qu’elle soit digeste et utile aux acteurs locaux. Il suffit parfois simplement de traduire des savoirs en Wolof pour qu’ils soient accessibles aux paysans qui en ont besoin ; ou de mettre du texte en vidéo pour contourner la barrière de l’analphabétisation.

Y a-t-il des usages immédiats pour ces outils ?
B.L. Outre tous ceux que l’on vient de citer, les développeurs locaux peuvent dès aujourd’hui améliorer leurs pratiques avec ces outils. Le numérique peut par exemple être utilisé pour faciliter une évaluation (récolte de données…), pour rendre un processus plus participatif… Des radios pour jeunes l’utilisent par exemple pour capter en direct les réactions de milliers d'auditeurs (les Likes et commentaires via Facebook ou autres) et adapter en direct leurs programmes. On peut s’inspirer des pratiques existantes.

La formation des acteurs locaux peut aussi être révolutionnée : avec une vidéo, je touche potentiellement des centaines d’agriculteurs, y compris les analphabètes, pour les former à une nouvelle pratique agricole. Avec l’image, le son et les QR Code, on peut rendre moins gênante la barrière de l’analphabétisation.

Y a-t-il des risques ou des contraintes à ce développement local par le numérique ?
B.L. Aujourd’hui, le risque le plus important, c’est la centralisation des systèmes numériques et du Web. Si un acteur majeur – qu’il s’agisse de Facebook, d'un opérateur ou du président d’un pays, décide de couper internet, tout le système tombe à l’eau. On l’a vu récemment au Cameroun Anglophone dans lequel le président Paul Biya a décidé de couper d’internet, ou encore en RDC. Il faut que les cadres législatifs évoluent.

Les perspectives sont-elles les même en France ou en Europe ?
B.L. En France et en Suisse, les choses sont différentes ; les outils numériques sont vus comme une révolution en termes de communication, mais moins comme une nouvelle façon de fonctionner. Contrairement à ce qui se passe dans certaines zones d’Afrique, où les smartphones « créent » en quelques sortes des infrastructures jusqu’ici extrêmement peu accessibles (bibliothèques, centres de santé, banques, local de vote, agence de pub, …), les smartphones en Europe ne font encore trop souvent que de dédoubler partiellement des services que l’on avait déjà. D’ailleurs, les révolutions sont moins rapides chez nous en particulier  parce que les réglementations ou les intérêts corporatistes des uns et des autres ralentissent les changements qu'ils pourraient déjà induire. Hors on a là en fait des technologies, ou plutôt un écosystème disruptif qui rencontre plus de résistances chez nous et qui avance et va continuer à avancer beaucoup plus vite en Afrique.

En revanche là où l’on se rapproche, c’est qu’il est aujourd’hui beaucoup plus facile pour un expatrié sénégalais en France, ou à un français comme moi, de travailler à distance au développement local en Afrique. Et ça, c’est très intéressant et ça permet aussi à chaque individu de faire quelque chose.

G.B.

Pour en savoir plus sur le GRAD :

3
4
27/07/2016
Visite de Hadiza Saley, ministre de la Décentralisation du Niger, au RAFOD

Hadiza Saley, nouvelle ministre de la décentralisation au Niger et membre du réseau des praticiens du développement est passée au RAFOD et au CIEDEL en juillet. Engagée dans la défense du rôle des femmes dans le développement local, notamment économique (elle a dirigé la Maison de la Femme au Niger), elle a discuté avec les professionnels en formation à l'occasion du module financement du développement local.

Retrouvez quelques photos de la rencontre qui fait partie des moments importants pour les professionnels formés au CIEDEL.

3
4