Méli-mélo d'infos

19/04/2017
Une série de webinars en construction pour la mi-2017.

A partir de mai 2017, le RAFOD va proposer une série de webinars pour le Réseau des Praticiens du Développement. Le but est d'inviter des intervenants extérieurs pour donner une ouverture supplémentaire aux membres du Réseau et créer le débat sur des sujets importants, innovants. Les webinars permettront de confronter les réflexions de professionnels évoluant dans des pays aux contextes très différents. Un premier cycle de 3 webinars est en préparation.

Les thèmes (pré)sélectionnés pour les webinars sont à la fois tout à fait d'actualité et internationaux. Ils concernent le rôle des différents acteurs sur les territoires, des citoyens aux entreprises, qui constituent des ressources et des clés pour des développements adaptés. Les dates et les intervenants seront précisés au fur et à mesure :

  • Démocratie participative [mai]
  • Innovation sociale [juin]
  • Entrepreuneuriat social [juillet]

En 2015 et 2016, le Réseau des Praticiens du Développement s'était déjà essayé à quelques webinars, à l'occasion d'ateliers du Réseau à Lyon. Les webinars avaient permis aux membres qui ne pouvaient pas se rendre à l'atelier d'avoir un bref aperçu de la thématique et de pouvoir discuter avec les animateurs de l'atelier et leurs collègues. Cette fois-ci, l'ambition est de donner l'opportunité aux membres du Réseau d'échanger avec des intervenants externes sur des thématiques qui touchent à la transition des territoires et des modèles de développement. Ils pourront servir de points de départ de réflexions collectives sur ces sujets.

Pour les publics extérieurs au Réseau (non membres), l'accès au webinar se fait sur demande.

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12/04/2017
La redevabilité est-elle indispensable pour le développement local ? (analyse)

Gérard Laleye est chargé de programme redevabilité et infrastructures au bureau de la coopération suisse au Bénin. Il accompagne 37 radios communautaires et de proximité pour pouvoir produire, émettre et contribuer à la redevabilité, dans le cadre d’un nouveau programme ambitieux lancé en 2016. Le programme dépasse le simple appui aux radios, avec un appui plus large à la société civile.

Bonjour Gérard. Pour commencer cet entretien, peux-tu nous dire ce que tu mets derrière le terme « redevabilité » ?
La redevabilité, c’est l’obligation pour un responsable public de rendre compte de l’exercice d’une responsabilité donnée par les citoyens et sous-tendue selon nous par 3 principes :

La redevabilité, c’est répondre à une demande. En tant qu’acteurs, on ne décrète pas la redevabilité. On ne se lève pas en se disant « je suis redevable ». On doit donc rendre compte par rapport aux demandes des citoyens ;

La redevabilité, c’est [aussi] pouvoir sanctionner. Les partenaires, les citoyens, doivent avoir les moyens de sanctionner (et pas juste d’interpeller). S’il y a mauvaise gestion, il faut pouvoir porter le cas devant la justice etc. Sans cette possibilité, on n’est pas dans la redevabilité ;

La redevabilité n’est pas ponctuelle ou sélective. On rend compte pendant les 5 ans de son mandat pour un élu local. L’élu ne peut pas décider de ne rendre compte que d’une partie de sa mission, ou à un seul moment. Il est redevable en continu.

La redevabilité, c’est donc des élus vers les citoyens ?
Pas seulement. Toute personne investie d’un mandat par un groupe, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un mandat public, doit être redevable. Il peut donc très bien s’agir de directeurs des services déconcentrés de l’Etat par exemple. Mais j’irais un peu plus loin pour dire que la redevabilité doit être développée au niveau de la société civile. Quand un groupe de citoyens ou une association reçoit des fonds publics ou est dépositaire d’un organe de gouvernance (un conseil d’administration par exemple), il doit être redevable. On doit pousser la société civile à être exemplaire. Tous ceux qui ont un engagement vis-à-vis d’un groupe sont redevables.

En quoi la redevabilité est importante ?
Elle fait partie des mécanismes de transparence. Sans transparence, difficile d’évaluer les résultats, de vérifier qu’on va vers l’objectif qu’on s’est fixé ensemble. Sans transparence, on est dans des systèmes opaques, de corruption.

La redevabilité est nécessaire pour mettre en confiance les différents acteurs qui doivent travailler ensemble. Elle oblige la personne au pouvoir à se rendre compte qu’elle tient le pouvoir des personnes qui lui ont confié, auxquelles elle est redevable. On casse la mentalité de « quand on est chef on ne rend pas compte ». Par la même occasion, on rassure ceux qui ont engagé des ressources ou du temps sur le fait que ceux-ci sont bien utilisés.

La redevabilité permet aussi de prendre des décisions éclairées. Il ne s’agit pas que de savoir si on peut continuer avec la même personne, mais aussi d’avoir conscience des problèmes qui se posent à elle, de pouvoir re-questionner la stratégie par rapport au constat fait au départ, de pouvoir trouver des moyens d’agir avec la personne qui est redevable.

Comment s’exerce la redevabilité concrètement ? Quelles formes peut-elle prendre ?
Pour le sujet que l’on connait le mieux, la radio, la redevabilité consiste surtout à déclencher un échange entre les élus et la population, qui a la compétence d’usage de l’espace publique. L’échange se fait à travers le média et donne plus d’ampleur que lors d’une réunion en présentiel. De plus, les radios de proximité utilisent les langues parlées dans les communautés, ce qui est un avantage. On peut aussi interpeller les acteurs publics autour de préoccupations très concrètes, comme l’accès à l’eau, avec une réaction rapide via la radio. La radio peut aussi servir comme relais pour couvrir les discussions du conseil communal, ouvert à tous mais auquel peu assistent. Les citoyens sont ainsi tout de suite au courant des décisions prises et peuvent réagir rapidement.

Pour autant, la rencontre physique reste importante. La redevabilité se fait au Bénin souvent à travers des assemblées. Le Maire invite les populations à se déplacer pour expliquer ce qu’il a fait depuis 6 mois, ou un an. Le principal problème de ces réunions c’est que le Maire résume ce qu’il a fait mais que ce n’est pas toujours mis en comparaison avec ce qui avait été prévu. On essaie donc d’inciter les maires à donner leur programmation à la société civile pour que celle-ci soit au courant. Dans la même veine, les services déconcentrés viennent parfois en Région pour faire un résumé sectoriel de la manière dont ils ont utilisé les ressoures.

Et puis, il ne faut pas l’oublier, la redevabilité passe aussi par le dialogue en direct entre les acteurs. La direction de la coopération suisse au Bénin est par exemple souvent en contact avec les ministères, ce qui ouvre un dialogue politique.

Quelle est la situation aujourd’hui en termes de redevabilité au Bénin ?
L’environnement est beaucoup favorable qu’il ne l’était il y a quelques années. Aujourd’hui plusieurs élus ou représentants mettent en avant le fait que la redevabilité les conforte dans leur travail. Le terme lui-même est de plus en plus utilisé et le cadre juridique, institutionnel s’est mis en place. On a dégagé des moyens pour travailler sur la redevabilité. Les ministères évoluent aussi vers plus de transparence et d’efficacité, avec le souci de mettre en place une gestion axée sur les résultats etc.

Pour autant il y a encore des cas de corruption qui sont laissés impunis. Au niveau local la gestion est encore à améliorer, par exemple au niveau du passage de marchés publics. Peu de dossiers vont en justice ou les dossiers trainent.

As-tu vu apparaitre de grands changements depuis 10 ans ? Et y en a-t-il à venir ?
La décentralisation a démarré en 2003 au Bénin et au cours de la première mandature, très peu de communes avaient une société civile organisée sur les territoires. Aujourd’hui on a une société civile active sur les 117 communes. Les élus ont fini par accepter que la société commune fasse son travail, alors qu’ils les considéraient avant comme des opposants politiques. Or le travail de la société civile est indispensable : il permet d’avoir des rapports indépendants qui décrivent la situation sur le terrain, essaient d’établir des responsabilités de trouver des responsabilités et interpellent ainsi les élus.

L’utilisation des médias et la diffusion du numérique favorisent le transit d’informations. Le fait que les informations circulent plus vite amène les responsables publics à faire davantage l’effort de communiquer sur ce qu’ils font. Ils sentent qu’il y a derrière un enjeu qui peut toucher à leur crédibilité, à la confiance que les citoyens ont vis-à-vis d’eux. Les acteurs publics doivent être plus exemplaires pour ne pas être exposés sur les médias sociaux.

La redevabilité concerne-t-elle tous les agents de développement local ?
On ne peut pas faire de développement sans aborder la question de la gouvernance. La bonne gestion des ressources, l’implication des groupes sociaux, le cadrage du développement dans le temps… sont autant de points indispensables sur lesquels la redevabilité a un fort impact. Les développeurs sont au cœur de processus multi-acteurs ; si chacun ne dis pas ce qu’il fait, on va dans la cacophonie.

Par ailleurs, il est important de rattacher le travail local avec les politiques publiques aux échelons supérieurs, donc il faut savoir aussi ce qui se fait au niveau de cette politique. Et parfois demander des éclaircissements. Si on ne fait pas ce travail d’échange, de redevabilité, on court le risque d’être mis en difficulté ou de mettre en difficulté les actions de l’Etat. Il faut se situer par rapport au travail que nous faisons.

Et puis évidemment, il y a la question de l’efficacité. La commune n’a par exemple pas les moyens d’être partout au Bénin. Le personnel est limité. Par contre il y a pas mal d’ONG qui ont du personnel, des moyens. Avec un mécanisme de redevabilité on a un espace d’échange, d’inter-action entre acteurs du développement sur un territoire. Cela aide le maire à prendre des décisions pertinentes. Là où il y a le plus problèmes de manque d’eau, la commune a intérêt à le savoir par les citoyens, les ONG qui remonteront l’info.

A l’inverse sans mécanisme de redevabilité le maire prend le risque de se faire destituer par le conseil communal, ce qui arrive régulièrement. La redevabilité est au bénéfice de ceux qui la pratiquent.

Quel est le rôle d’un agent de développement local dans le processus de redevabilité ?
L’agent de développement doit avant tout être un exemple : informer communiquer, rendre compte à son niveau. Un agent de développement c’est aussi un citoyen, dans une dynamique de droits et de devoirs qu’il doit bien connaitre. Il doit aussi mener une démarche « pédagogique » envers les autorités.

Pour cela il faut faire attention à ne pas faire les choses trop brusquement. Il ne faut pas ignorer le fait qu’un manque de redevabilité ne veut pas forcément dire qu’un individu veut cacher des choses. Il y a des pesanteurs, des maires qui ne sont pas toujours préparés.

Les préalables c’est donc d’échanger avec les personnes avec qui on veut travailler, de les faire observer les textes et peu à peu les amener à ce qu’ils devraient faire. Il faut aussi penser à des alliances ; une ONG ne fera pas changer seule les choses. On doit s’organiser, avoir des représentants pour faire bouger les choses. Un acteur ne doivt pas y aller seul.

Quelles compétences faut-il pour travailler sur la redevabilité ?
Deux choses sont essentielles : il faut être exemplaire, et être formé spécifiquement à la redevabilité.

Pour le premier point, cela va de soi : on ne peut pas demander à d’autres d’être transparents si on n’applique pas soi-même des pratiques de bonne gouvernance.

Concernant la formation, il s’agit d’avoir des personnes préparées à travailler sur la redevabilité : il faut avoir des compétences techniques dans son métier, mais aussi savoir partager ou rendre accessibles des informations, connaitre les principes de la redevabilité, bien connaitre les droits et devoirs des citoyens, le fonctionnement des budgets et les lois qui encadrent la vie politique… Un journaliste qui anime un débat avec des politiciens à son antenne devra être spécifiquement préparé. Travailler sur la redevabilité, c’est travailler sur des sujets sensibles qui touchent au politique et au rapport avec les citoyens.

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31/03/2017
Focus acteur : Morrel Mokosso, fondateur de l'ADJD et membre du réseau

Morrel Mokosso est né et a grandi à Bangui (République Centrafricaine) avant de s’installer à Rillieux-la-Pape, en région lyonnaise (France) en 2005. Il a créé l’association d’éducation populaire ADJD (Auprès Des Jeunes Démunis) qu’il développe depuis 2008 et qui travaille à la fois à Bangui et à Rillieux-la-Pape. L’ADJD utilise des leviers comme le sport, la culture ou le commerce pour intéresser des jeunes démunis à la vie en société, travailler sur le vivre ensemble et les questions de citoyenneté. L’ADJD a reçu la médaille de la ville de Rillieux-la-Pape pour ses actions et sert de point focal en coordonnant par exemple la Semaine de la Solidarité Internationale.

Bonjour Morrel. Comment as-tu commencé à travailler en France et qu’est-ce qui t’as amené à t’engager sur la commune de Rillieux-la-Pape ?
Je suis né et j’ai grandis à Bangui, où j’étais engagé dans une association sportive de tennis de table qui faisait l’insertion des jeunes démunis par le sport. A l’époque, je jouais dans la sélection du pays. En 2005, je suis arrivé en France et un cousin m’a rapidement proposé de travailler dans son entreprise, située à Rillieux-la-Pape. J’y ai rencontré ma compagne. On peut dire que j’ai eu la chance de vite intégrer le système : j’avais une vie tranquille avec le minimum, un appartement, une famille, un travail. Pour autant, je n’ai pas oublié mes amis de Centrafrique, dont l’association manquait de moyens pour mettre en place des actions d’insertion pour les jeunes à Bangui.

Au début, j’ai voulu les aider en créant un projet pour amener des formateurs et du matériel à Bangui. Et puis j’ai rencontré la vice-championne de France de tennis de table Sarah HANFFOU qui m’a dit : « Pourquoi tu ne montes pas une association ? Ça serait plus efficace, tu pourrais avoir une assurance etc. ». J’ai donc créé l’ADJD en 2008, d’abord comme association de solidarité internationale pour aider l’insertion des jeunes démunis par le sport. L’association a vite évolué puisque parmi les personnes qui l’ont intégrée, certains ne connaissaient pas du tout le milieu du sport et préféraient utiliser la culture pour appuyer les jeunes. On a évolué vers l’éducation populaire au sens large.

L’association est basée à Rillieux-la-Pape. Pourquoi ? En quoi cette commune est spéciale ?
La France est un pays qui présente une grande diversité dans les origines, mais aussi un pays d’inégalités, avec des zones aisées et des zones « populaires ». Rillieux-la-Pape c’est un peu la France en miniature – avec Rillieux village qui contraste avec la ville nouvelle, plus populaire. La commune compte environ 30 000 habitants, et il y a peu de mélange et d’échanges entre les 2 quartiers.

Au départ on ne travaillait qu’à Bangui. Et puis je me suis dit : « Pourquoi on ne ferait rien ici ? Les jeunes ont aussi du mal à s’intégrer ». Quelque part, on fait le même travail en France et en Centrafrique, car on voit des points communs : les vols, la violence… Mais on travaille beaucoup sur les causes et elles sont très différentes ici et là-bas. A Bangui, la guerre civile a créé des orphelins, en France c’est plutôt des laissés pour compte. A Bangui, il n’y a pas de violence contre la police. Par contre les enfants rentrent dans des groupes armés…

Qu’est-ce que tu essayes d’améliorer ?
L’objet de l’ADJD c’est l’éducation populaire, l’insertion sociale des jeunes. On dit souvent qu’on travaille sur la citoyenneté, c’est-à-dire pour nous sur le vivre ensemble. A Rillieux quand on va dans les quartiers populaires, on a des jeunes qui ne se considèrent pas membres du territoire. Il faut dire qu’on fait tout pour : on les catégorise comme habitants des « quartiers sensibles », des « racailles ». Ils se sentent à part, donc quand on leur parle de la mairie, de l’Etat… ils pensent qu’ils n’ont rien à voir avec ça, qu’ils ne sont pas concernés.

Notre enjeu c’est de les amener à comprendre qu’ils font partie de ce territoire, qu’ils acceptent qu’ils fassent partie de la société. Je leur dit souvent : « quand un père de famille regroupe sa famille pour prendre une décision importante, s’il manque un enfant c’est problématique. A Rillieux c’est pareil ». Concrètement, on essaye de faire germer une certaine idée de la citoyenneté. En ce moment on accompagne un groupe de jeunes qui voulaient skier mais qui n’avaient pas les moyens. On les a aidés à réaliser leur voyage. On en profite pour leur montrer comment construire un projet, trouver des fonds, auprès de qui chercher… A chaque réunion on prend du temps pour parler d’un sujet citoyen de leur choix. Par exemple comment un jeune construit son avenir…

Avec quels acteurs travailles-tu à Rillieux-la-Pape ?
On bosse avec différents services de la mairie sur nos projets : le service jeunesse, le service social etc. Parfois aussi avec la Métropole. On a travaillé avec le GPV (Grand Projet Ville) qui réunit les techniciens de la mairie et du Grand Lyon. On peut aussi réunir d’autres acteurs en fonction des projets, comme d’autres associations, des médiateurs de la mairie, Pôle Emploi…

Dernièrement, on a par exemple développé le projet face to face – dialogue entre la police et les jeunes. C’est tombé en même temps que la grosse médiatisation de heurts entre les jeunes et la police. Sur la ville, certains nous ont dit : « vous jouez avec le feu ».

On est partis dans les quartiers pour rencontrer les jeunes et les inviter à venir à cette rencontre avec la Police. Certains nous disent que ça ne les intéresse pas, ou que les policiers sont leurs ennemis. Mais une vingtaine de jeunes sont venus. On avait un comédien pour que les jeunes prennent la place des policiers et inversement. C’était marrant. Les jeunes ont proposé des choses à changer dans l’attitude des policiers, la police a fait ses propres propositions pour les jeunes et nous on a renchérit.

Après pour avoir un vrai impact, il faudra refaire d’autres rencontres. Il faut des éléments attractifs pour attirer les jeunes, le petit déjeuner ou le repas offert. On essaie de les mettre dans un climat de confiance, de parler un langage qu’ils connaissent.

Qu’est-ce qui est important dans ton action ?
La stratégie d’approche. L’introduction, le aller vers, c’est primordial. J’ai travaillé avec des gens au centre social qui travaillent sur des projets de proximité et qui sont très affutés sur les politiques locales. Mais ils manquent de technique d’approche pour aller chercher les jeunes là où ils sont.

Nous on a des jeunes de l’association qui vivent sur les quartiers qu’on essaye de toucher. Parfois je m’habille un peu comme eux pour y aller, en survêtement.  On arrive « tac tac, on est une asso, on organise un événement, voilà, y a un petit déj et tout ça, on vous invite ». Certains ont des comportements très impolis mais au début il faut accepter de subir ça : le but c’est qu’ils participent à l’activité. Ensuite, une fois qu’on les a accrochés, on peut donner quelques règles. Je leur dis souvent « je suis plus grand que vous, pourtant je vous respecte. Faites pareil ». Au début on parle leur langage, on est tolérant ; ensuite on leur demande d’accepter eux aussi quelques règles et on leur fait comprendre qu’ils comptent sur le territoire et que le territoire compte aussi sur eux.

Il faut aussi se donner les moyens pour qu’à la fin on arrive au résultat attendu. Pour face to face on voulait que les jeunes comprennent que la police est importante et que dans la vie en société, il faut des lois et donc quelqu’un pour les faire respecter. C’était notre objectif. Les jeunes ont aussi signalé le comportement anormal de certains policiers, ce qui était important pour eux.

Qu’est-ce qui est difficile ?
On peut parler du vivre ensemble mais si le jeune n’a pas a mangé et n’a pas un sou, il n’en a rien à foutre du vivre ensemble. J’ai été surpris en venant en France de voir qu’il y a des enfants qui n’ont pas à manger en partant à l’école. Un jour, on avait organisé un petit déjeuner « comment manger sain le matin » et on s’est aperçu qu’il y en a qui ne mangeaient pas du tout car il n’y avait rien à la maison. Il faut vraiment être à l’écoute et prendre les problèmes les uns après les autres.

Quelle conviction te porte tous les jours et te motive à aller sur le terrain ? Qu’est-ce qui te plait dans ton engagement ?
Au début ce qui me plaisait c’était le sport, et l’insertion des jeunes par le sport. Je liais mon plaisir de jouer et avec celui de partager avec d’autres. Je suis quelqu’un qui adore le contact, la relation avec les autres. Pour face to face, on est obligés d’aller sur le quartier pour mobiliser les gens et du coup on parle. J’aime ça. Moi aussi je faisais des conneries jeune, et ça me motive de construire les projets, de les mettre en œuvre sur le terrain. On fait notre stratégie d’approche avec les collègues et on y va. Parfois un collègue rebondit sur ce que je dis et quand ça prend auprès du jeune, ça nous fait plaisir.

On voit vraiment le changement : l’ADJD accueille souvent des jeunes qui sont en stage au collège, en université, ou en service civique. Quand ils quittent l’association après 6 mois, ce ne sont plus les mêmes. Au début ils arrivent avec leur langage et on leur dit « bah non ça marche pas comme ça, il faut s’adapter ». Après 6 mois ils ont évolué dans leur esprit.

Quel est ton prochain grand chantier ?
On a deux grands projets – un ici et un en Centrafrique.

• A Rillieux, on a remarqué que beaucoup de jeunes risquent de se radicaliser. On veut travailler là-dessus. On veut prendre en charge 20 jeunes sur l’année sur un accompagnement individuel à l’insertion professionnelle, pour suivre et voir ce que ça change. On espère 10 000 € de la mairie, la préfecture et le Ministère de l’égalité pour ce chantier, pour un budget total d’environ 20 000€. On cible des jeunes sans activité au-dessus de 18 ans avec priorité à ceux qui ont été en prison.

• A Bangui on a développé un site (NDLR : un lieu d’accueil) qui fait de l’insertion sociale et professionnelle par le tennis de table, l’agriculture et le commerce. Dans la commune voisine de Bangui (Bimbo, environ 200 000 habitants), les jeunes nous ont demandé pourquoi ils n’avaient pas le même site qu’à Bangui. On a donc décidé d’ouvrir un deuxième site. Comme la vie ne coûte pas cher dans cette commune, on va faire un plus grand site, et la mairie nous offre un terrain de 2 hectares, ce qui permettra d’accueillir 40 jeunes en formation chaque année. En tout c’est un budget de 60 000€ ; pour nous c’est un gros projet.

Une personne ou un livre que tu trouves inspirant ?
La phrase de Nelson Mandela : « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ». Je trouve qu’elle résume bien mon parcours associatif. On essaie, on fait des choses, parfois on se trompe. Mais on ne baisse pas les bras, on apprend et on revient plus fort. J’entends souvent des acteurs se demander : « face à ces constats, est-ce qu’on peut encore espérer ? ». Pour moi, les travailleurs associatifs sont des combattants, on se bat au quotidien. Le monde évolue, il y a des bonnes choses qui émergent, d’autres moins. Pour nous il faut toujours se mobiliser, lutter. Il faut toujours espérer. Et parfois suivre une formation pour se ressourcer et se recycler.

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03/03/2017
Réussite du Crowdfunding, des bourses disponibles pour se former à la Capitalisation d'Expérience et à 4 autres modules

Campagne de financement développement local pour l'avenir : objectif atteint

Début janvier, le RAFOD et le CIEDEL, lançaient une campagne de financement participatif pour financer la formation de professionnels issus des pays du Sud. La campagne a atteint ses objectifs et obtenu de nombreux soutiens : avec plus de 13 300€ récoltés, nous mettons à disposition 7 bourses d'études complètes pour des modules de formation au printemps.

La campagne a reçu le soutien de 150 personnes qui se sont rassemblées pour soutenir le développement local et les acteurs du développement. Les bourses proposées (2 semaines de formation par personne) concernent les modules :

Le calendrier de formation est à retrouver sur www.ciedel.org.

Sont éligibles pour ces bourses :

  • Tout(e) professionnel(le) issu(e) d'un pays du Sud n'ayant jamais effectué de formation au CIEDEL ;
  • Agé(e) de moins de 50 ans ;
  • Ne disposant pas d'autres financements (les professionnel(le)s ayant déjà un co-financement peuvent accéder aux bourses habituelles du RAFOD)
  • Dont la candidature est acceptée par le CIEDEL (pré-requis : au moins 3 ans à 5 ans d'expérience professionnelle)

Les demandes de bourse seront étudiées par un comité d'allocation des bourses, après validation de l'inscription au CIEDEL par le comité pédagogique. La première démarche à faire est donc de réaliser une pré-inscription au CIEDEL pour pouvoir faire votre demande de bourse.

Renseignements : rafod@rafod.org

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03/03/2017
Focus acteur : Arnaldo SERNA, éducateur pour le développement et coach au Pérou

Arnaldo SERNA est éducateur pour le développement. Il travaille à Escuela para el Desarollo, au Pérou, sur la base de l’apprentissage participatif. La principale mission d’Escuela para el Desarollo est de renforcer les capacités de professionnels qui travaillent dans différents contextes. Arnaldo travaille aussi dans un cadre plus large sur l’éducation populaire en Amérique Latine et sur la citoyenneté au niveau mondial, avec le réseau des centres de formation PROFADEL, dont le CIEDEL et Escuela sont membres.

Peux-tu nous dire quel est ton travail et ce que tu essayes d’améliorer ?
Je vais parler essentiellement de mon rôle à Escuela para el Desarollo. Mon travail est avant tout un travail de formation. Mon rôle est de renforcer les capacités de professionnels du développement pour qu’ils puissent mieux faire leur travail.

Dans le cadre de ce travail, j’ai contribué à développer, avec le PROFADEL, un Master International sur les questions de citoyenneté. Pour le développement, je crois que la citoyenneté est l’élément clé. Depuis les années 1990 on travaille sur les questions de genre, de droits, de développement durable et d’interculturalité. Ces 4 approches sont indispensables, mais elles reposent sur un socle commun, qui est la citoyenneté. Ce sont « les quatre pieds d'une table et la citoyenneté est le plateau qui les unit et les intègre ». La citoyenneté est donc la base de notre travail.

Escuela para el Desarollo fait aussi un travail d’étude, d’expertise… Car en fait ce que l’on veut c’est aussi innover dans la formation, améliorer les processus de renforcement des capacités, et pas seulement chez nous. Du coup, on fait des expériences, on travaille par exemple sur les réseaux sociaux, l’apprentissage virtuel… On aimerait réussir à adapter l’apprentissage expérientiel participatif, qui est notre marque de fabrique, au virtuel. C’est notre grand défi.

Toujours dans l’innovation, on veut aussi promouvoir une communauté inter-apprentissage sur le développement avec les acteurs, partenaires… Je préfère le mot communauté au mot réseau, car il y a une notion d’appartenance, d’identité, de proximité et de participation. Escuela virtual [plateforme d’échanges virtuels multi-thématiques] a été développée avec une philosophie proche de celle du Réseau des Praticiens du Développement : partager des savoirs, créer des espaces pour d’autres apprentissages. L’étape suivante c’est de faire l’échange entre Communauté Amérique latine et francophone. Ce qui m’intéresse c’est d’évoluer vers l’école citoyenne ; c’est une méthodologie de travail qui permet la réflexion ensemble. A Escuela on voudrait le faire de manière semi-présentielle – mais on pourrait essayer du totalement virtuel. Le réseau des Praticiens peut être l’occasion de voir comment ça marche, d’expérimenter, d’innover.

Quelle conviction te porte tous les jours et te motive à aller travailler, t’influence dans ton travail ?
Pour moi aujourd’hui le mot clé est « changement ». Aujourd’hui, on voit très clairement qu’il y a beaucoup de situations de crises, de conflit, avec des acteurs qui s’emparent de ces problèmes mais ne font pas toujours avancer les choses. Si on continue tous à faire les choses de la même manière c’est la catastrophe assurée. Moi je me dis : qu’est-ce qu’on peut faire ? On doit changer.

Le défi est de faire changer des personnes adultes (y compris moi-même), parfois des consultants ou des personnes considérées comme expertes. J’ai en tête l’exemple d’un professionnel qui était venu à une formation au Développement Durable pour trouver des compétences techniques. On a remarqué qu’il était très machiste. La question est : comment on fait pour le faire changer aussi sur sa perception du genre ? Comment on fait en sorte qu’il prenne conscience, globalement, de sa propre perception et pour qu’il change profondément ?

C’est lorsque l’on arrive à provoquer ce type de changement que je trouve qu’on a réussi notre pari.

Est-ce que tu parviens à identifier un moment qui a été déterminant pour la suite de ton engagement professionnel et qui finalement t’a amené là où tu es ?
Un soir, alors que j’emmenais ma fille de 6 ans se coucher, elle m’a demandé « Papa, qu’est-ce que tu vas faire pour améliorer le monde ? ». Je travaillais déjà à Escuela para el Desarollo mais je me suis questionné. Je mettais en place des ateliers, des formations, mais est-ce que je faisais vraiment une différence ? J’ai quitté provisoirement mon poste pour travailler avec le Mouvement Social, Amnesty International, YMCA. Je me suis aussi formé au coaching. Je suis revenu à Escuela para el Desarollo avec une plus grande ouverture vers le monde, et des idées sur le changement, qui commence par soi-même mais peut avoir un impact global. Ce sont les individus eux-mêmes que l’on essaie de transformer – les communautés d’apprentissage permettent d’aider à accéder à ce changement.

Tu as une particularité, tu as développé une activité de coaching. Ça consiste en quoi et qu’est-ce que ça t’apporte ?
Il y a beaucoup de confusion sur le coaching. On le mélange avec le leadership. Pour moi, une personne qui donne une conférence n’est pas un coach.

Le coaching, c’est le changement à partir de la prise de conscience. L’outil clé du coach c’est les questions. Pour poser les bonnes questions, et permettre une prise de conscience (insight) il faut beaucoup observer le processus d’évolution de la personne. On clarifie vraiment les buts, ce que la personne veut vraiment vraiment faire. On peut s’appuyer sur différentes disciplines – philo etc. Il faut travailler avec la personne sur la manière dont elle va se mobiliser pour faire le changement. Le coaching, c’est beaucoup de pouvoir, et donc beaucoup de responsabilité.

En fait, si on considère l’apprentissage comme un processus, ça veut dire que le plus gros de l’apprentissage vient à moyen terme, donc il faut cet accompagnement. Avant je me disais « on va faire les bons outils, les bons contenus, les ateliers »… mais sans accompagnement, la plupart du temps, il n’y a pas de changement profond.

Quel est ton prochain grand chantier ?
Mon grand chantier est autour de la citoyenneté et de l’éducation citoyenne. Pour moi la citoyenneté est plus complexe et plus importante que les thèmes que j’ai travaillés avant – elle touche aux droits, à l’éthique, au travail avec les autres…

Je parle bien de citoyenneté sur les territoires. Comment on fait pour améliorer les relations d’une communauté qui partage différentes choses sur un territoire. Les questions virtuelles peuvent permettre de partager à un niveau plus global, mais les fruits et le processus sont aussi locaux. Je veux monter des ponts entre les communautés locales et les plateformes de réflexion globale.

Un auteur ou un livre que tu aimes bien ?
Je recommanderais Stephen Covey, et notamment son ouvrage 7 habits of highly effective people (traduit en français « les 7 habitudes des gens efficaces »), paru en 1989. Le livre pose 7 principes qui aident les personnes à gérer leurs projets, leur vie, s’ils arrivent à les intégrer dans leurs habitudes. Ces principes sont pour lui universels, intemporels, donc peuvent nous servir à tous. Sur la base de ces principes on peut faire beaucoup de choses. Depuis 1989, ils ont réédité sans arrêt et, en 2005, Stephen Covey a revu son ouvrage en y intégrant un 8ème principe : la transcendance. Il suggère de trouver de quoi on est fait et de quoi l’autre est fait. Edifier ma propre vision et aider ensuite l’autre à trouver sa propre vision. Il y a des schémas sur les 7 principes qui se classent dans les catégories « intra-personnel » et « inter-personnel ». Ce qui est intéressant c’est que le 8ème est sur une troisième dimension.

G.B.
 

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03/03/2017
Numérique mobile et développement local en Afrique (analyse)

Photo : un homme au téléphone au Kenya, région de Nairobi

Benoît Lecomte est membre du réseau des praticiens du développement et travaille au GRAD (basé en Suisse), une organisation d’appui pour les organisations paysannes en Afrique.  Il travaille depuis quelques années sur l’usage du numérique comme accélérateur du développement, notamment dans les milieux ruraux. Il travaille principalement sur l’usage du numérique mobile au service du développement local [smartphones, applications, réseaux sociaux…], et offre des prestations (formations-sensibilisations Facebook 4 Dév)  et conseils stratégiques aux acteurs du développement du Nord et des Suds..

Quelle est la situation du numérique mobile en Afrique Francophone en 2017 ?
B.L. Il y a 5 ans, quand le GRAD s’est sérieusement penché sur les questions de numérique, j’avais parié avec mes collègues que dans 10 ans [en 2022], tout le monde aurait un smartphone et qu’il serait le principal outil de communication pour le  développement en Afrique de l'Ouest. Aujourd’hui, on s’en rapproche avec des taux d’équipement, mais surtout des usages et une appropriation, qui explosent. Chacun a déjà un téléphone, et je fais l’hypothèse que dans 3 à 5 ans ils auront sans doute tous un smartphone et seront capables de faire plein d'autres choses que de communiquer avec !

Où en est-on actuellement de l'usage du numérique pour le développement local ?
B.L. Il y a quelques années, je parlais du numérique comme d’un formidable outil de communication au service du développement. Aujourd’hui je parle d’un outil pour le développement voire carrément de L’OUTIL clé du développement en Afrique. Il y a 5 ans, on m’aurait regardé avec des yeux bizarres mais aujourd’hui, il commence à y avoir une prise de conscience. Jeffrey D. Sachs, Conseiller spécial sur les Objectifs du Millénaire pour le développement auprès du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, exhortait il y a peu l’Afrique à utiliser la technologie comme premier outil de développement.

Le numérique mobile se développe aujourd’hui autour de deux grands axes. D’abord, la banque mobile, qui est la principale révolution actuelle et va entrainer derrière elle l’éco-système numérique. Dans certains pays, on est passé de taux de bancarisation (NDLR : les personnes qui utilisent des services bancaires) de 5 % à un taux de possession de « portefeuille mobile » de 50% en 5 ans. Pour le mois de Décembre 2015, Orange annonçait par exemple que l’équivalent de 25% du PIB malien avait transité par ses services de transfert mobile.

Ensuite, d’une manière générale, le développement de services innovants très simples et très fonctionnels basés sur des besoins exprimés directement par les citoyens au niveau local – souvent en rapport avec les ODD. Je vais donner 2 exemples. Le premier c’est un service développé pour les fillettes d’un bidonville qui perdaient chaque jour 1 à 2h pour faire la queue au puit : elles ont suggéré une application qui les aiderait à savoir quand leur tour vient et qui leur permet de libérer 2h pour d’autres tâches. Le second, c’est un fils d’éleveur qui a développé une application pour recenser et identifier  les vaches d’un troupeau (photos à l’appui) et envoyer une alerte aux éleveurs de la région si l’une des vaches disparait. L’application permet de sauver des bêtes et d’instaurer une sorte d'assurance collaborative entre éleveurs.

Comment le numérique, notamment mobile, se différencie-t-il d’autres outils ?
B.L. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que chaque personne qui a un smartphone a en fait une véritable station de communication ET de production dans la poche. Et tout cela pour un investissement « modique » (hors achat de matériel) en termes d’argent, à condition d’y passer du temps. En clair qu’est-ce que cela veut dire ?

D’abord chaque acteur va pouvoir utiliser son smartphone pour capter, mais aussi produire de l’information stratégique, ce qui change radicalement la donne. J’ai par exemple été surpris de voir un producteur de légumes bio qui s’était créé une Page Facebook pour mettre en avant ses produits et n’avait que 12 « fans ». Il m’a expliqué que ces 12 personnes étaient ses 12 clients et qu’il les informait quand ses produits étaient prêts ou quand il avait des nouveautés. Il n’aurait jamais pu le faire à si faible coût et à cette échelle via les outils de communication traditionnels.

Ensuite chacun peut produire du savoir : un agriculteur peut par exemple tourner une petite vidéo pour mettre en valeur ses expérimentations. On peut transférer des savoirs directement depuis le terrain pour peu qu’on ait des canaux pour les diffuser. Et ça c’est aussi un changement important.

Quels sont les usages les plus prometteurs pour les 10 prochaines années ?
B.L. Les usages peuvent être multiples et surtout transversaux. Il ne faut pas penser le numérique comme une simple thématique de développement, mais comme un éco-système qui doit rayonner sur l’ensemble des ODD. Certains domaines pourraient être révolutionnées par le numérique, surtout pour les populations les plus vulnérables et les plus éloignées des infrastructures : femmes et petites filles au foyer, paysans, omades, ...

La santé par exemple, avec l’explosion des applications d’aide au suivi médical à distance qui peuvent permettre à la fois de gagner en réactivité dans des situations d’urgence, d’améliorer l’accès à l’information (par exemple sur la santé de la reproduction) et d’instaurer un suivi en continu. Ou encore l’agriculture, par exemple pour l’achat et la vente des produits, la construction de circuits courts  de distribution,  etc.

Un autre usage très prometteur c’est le « webcal » autrement dit le web adapté au niveau local. L’idée peut paraître contre-intuitive, puisque le web est global ; mais pour autant on peut l’utiliser localement, comme cela commence à se faire en Europe (sites d’échange entre voisins etc.). On peut par exemple créer des groupes géographiques ou linguistiques pour adapter les informations et usages au contexte local. Ou pour permettre à des ressortissants partis à l’étranger d’avoir les infos du village sur Facebook. J’ai rencontré un homme qui prenait des photos de tous les événements de son village et avait construit sur Facebook  toute une mémoire de sa communauté. Tous ces savoirs utiles aux locaux et peuvent être ensuite « fécondés » dans un sens comme dans l’autre : on traduit des informations utiles dans sa propre langue, et on produit et partage ses innovations qui seront adaptées par d’autres. On peut faire l’intermédiation entre tous les savoirs du monde et ceux qui sont utiles localement.

Pourquoi les développeurs ont du mal à se saisir de ces outils ?
B.L. La révolution n’est pas venue d’eux. En fait, le numérique se développe très bien sans les systèmes d’aide habituels (internationale, locale) car les bénéfices apparaissent très clairement aux usagers et aux entreprises qui s’y lancent à fond. Ce sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et les opérateurs comme Orange qui emmènent cette révolution et je pense que c’est pour cela que les développeurs locaux n’en ont pas tout de suite saisi les enjeux, voire l’ont contestée.

Or, il est primordial que les développeurs locaux se lancent le plus rapidement possible sur les outils numériques. On assiste à une révolution bien trop importante pour la laisser aux communicants et au multinationales ! Il faut dès aujourd’hui que les développeurs commencent à tester les outils existants, faire de la veille… Pas forcément besoin de créer des nouveaux outils,  ni d’équiper les ménages, ça se fera très bien et très vite tout seul. Dans 5 ans, c’est dans leurs usages et la richesse des contenus, qu’on doit être prêts à accompagner les acteurs locaux car sinon, la révolution se fera sans nous !

Quel peut-être leur rôle ?
B.L. Le développement du numérique mobile va permettre aux développeurs locaux d’être plus innovants, plus créatifs, plus réactifs, mais surtout plus impactants et plus efficients  et même parfois de travailler de façon plus participative et interactive.

Il y a déjà un développement de l’éco-système numérique en Afrique de l’Ouest ; les Fab-Lab, les universités, font émerger des pros de la bidouille informatique, capables de créer des applications pour toute sorte de choses. Mais il va falloir qu’ils rencontrent  les acteurs locaux et leurs besoins. Je pense que les développeurs locaux ont intérêt à favoriser la rencontre entre les acteurs locaux et les développeurs informatiques, tout comme ils ont l’habitude de le faire lorsqu’ils mettent en relation élus et population par exemple. En quelque sorte, les « développeurs doivent se mettre au service des développeurs ». Certaines applications ont émergé car elles étaient issues des réflexions d’acteurs locaux ; un développeur de la Silicon Valley n’aurait jamais pu imaginer une application pour recenser les vaches, car ils ne savent même pas qu’un éleveur peut reconnaître une vache parmi 1 000 uniquement grâce à son pelage.

Le plus intéressant pour les développeurs locaux, c’est sans doute le côté « Smart » du mobile. L’enjeu est d’adapter au mieux les outils à leurs utilisateurs – c’est-à-dire de sélectionner, prémâcher l’information pour qu’elle soit digeste et utile aux acteurs locaux. Il suffit parfois simplement de traduire des savoirs en Wolof pour qu’ils soient accessibles aux paysans qui en ont besoin ; ou de mettre du texte en vidéo pour contourner la barrière de l’analphabétisation.

Y a-t-il des usages immédiats pour ces outils ?
B.L. Outre tous ceux que l’on vient de citer, les développeurs locaux peuvent dès aujourd’hui améliorer leurs pratiques avec ces outils. Le numérique peut par exemple être utilisé pour faciliter une évaluation (récolte de données…), pour rendre un processus plus participatif… Des radios pour jeunes l’utilisent par exemple pour capter en direct les réactions de milliers d'auditeurs (les Likes et commentaires via Facebook ou autres) et adapter en direct leurs programmes. On peut s’inspirer des pratiques existantes.

La formation des acteurs locaux peut aussi être révolutionnée : avec une vidéo, je touche potentiellement des centaines d’agriculteurs, y compris les analphabètes, pour les former à une nouvelle pratique agricole. Avec l’image, le son et les QR Code, on peut rendre moins gênante la barrière de l’analphabétisation.

Y a-t-il des risques ou des contraintes à ce développement local par le numérique ?
B.L. Aujourd’hui, le risque le plus important, c’est la centralisation des systèmes numériques et du Web. Si un acteur majeur – qu’il s’agisse de Facebook, d'un opérateur ou du président d’un pays, décide de couper internet, tout le système tombe à l’eau. On l’a vu récemment au Cameroun Anglophone dans lequel le président Paul Biya a décidé de couper d’internet, ou encore en RDC. Il faut que les cadres législatifs évoluent.

Les perspectives sont-elles les même en France ou en Europe ?
B.L. En France et en Suisse, les choses sont différentes ; les outils numériques sont vus comme une révolution en termes de communication, mais moins comme une nouvelle façon de fonctionner. Contrairement à ce qui se passe dans certaines zones d’Afrique, où les smartphones « créent » en quelques sortes des infrastructures jusqu’ici extrêmement peu accessibles (bibliothèques, centres de santé, banques, local de vote, agence de pub, …), les smartphones en Europe ne font encore trop souvent que de dédoubler partiellement des services que l’on avait déjà. D’ailleurs, les révolutions sont moins rapides chez nous en particulier  parce que les réglementations ou les intérêts corporatistes des uns et des autres ralentissent les changements qu'ils pourraient déjà induire. Hors on a là en fait des technologies, ou plutôt un écosystème disruptif qui rencontre plus de résistances chez nous et qui avance et va continuer à avancer beaucoup plus vite en Afrique.

En revanche là où l’on se rapproche, c’est qu’il est aujourd’hui beaucoup plus facile pour un expatrié sénégalais en France, ou à un français comme moi, de travailler à distance au développement local en Afrique. Et ça, c’est très intéressant et ça permet aussi à chaque individu de faire quelque chose.

G.B.

Pour en savoir plus sur le GRAD :

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27/07/2016
Visite de Hadiza Saley, ministre de la Décentralisation du Niger, au RAFOD

Hadiza Saley, nouvelle ministre de la décentralisation au Niger et membre du réseau des praticiens du développement est passée au RAFOD et au CIEDEL en juillet. Engagée dans la défense du rôle des femmes dans le développement local, notamment économique (elle a dirigé la Maison de la Femme au Niger), elle a discuté avec les professionnels en formation à l'occasion du module financement du développement local.

Retrouvez quelques photos de la rencontre qui fait partie des moments importants pour les professionnels formés au CIEDEL.

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24/06/2016
Vidéo de Sylvain Tutondele, participant à l'atelier du réseau DL-DH (2"30)

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09/06/2016
Table ronde – Convergence DL et DH dans les pratiques de développement

Jeudi 2 juin dernier, le RAFOD organisait une table ronde dans le cadre d’un atelier du réseau des praticiens du développement (30 mai – 3 juin à Lyon), sur la convergence entre Développement Local (DL) et Droits Humains (DH). Les discussions, basées sur des expériences institutionnelles et de terrain, ont permis de mettre en avant le fort lien qui existe entre les deux.

La table ronde, orchestrée par René Valette – ex-vice-recteur de l’Université Catholique de Lyon et président du CCFD – proposait deux temps différenciés. Pendant la première heure, 4 professionnels explicitaient et défendaient l’idée de convergence entre les deux domaines, avant une heure et demie d’échange avec l’ensemble des participants.

Isabelle Lagarde (Grand Lyon) a commencé par mettre en avant l’approche par les droits, privilégiée dans le partenariat signé entre la Métropole Lyonnaise et la ville de Tinca, en Roumanie. Face à l’exclusion de la communauté Rom des droits au système éducatif ou au foncier, le développement passait par la réhabilitation de droits élémentaires. Avec réussite à en croire Mme Lagarde qui souligne qu’aujourd’hui, « le premier endroit de mixité sociale à Tinca aujourd’hui c’est l’école ».

Pascale Vincent (CIEDEL) a mis en avant son parcours, du droit vers l’anthropologie puis le développement local, qui lui a permis d’observer toutes les imbrications qui existent entre ces domaines. Pour elle, le développement local doit travailler sur « ce sur quoi on a le droit de décider, en tant que citoyens et humains », posant la question du droit comme sujet politique.

Mike De Villiers (Irex Europe) a ensuite insisté sur les questions relatives aux droits d’expression et au renforcement des droits locaux. Pour lui, le développement local peut être limité par les droits, et les droits sont une condition au DL. Il est donc urgent d’agir pour protéger les droits à l’heure où « il y a une attaque des Droits Humains dans certains pays, et d’autres copient cette attaque ».

Attaher Ag Iknane (Ministère de la Réconciliation Nationale du Mali) a contribué au propos en prenant l’exemple de la crise violente qui touche le Mali depuis 2012. Pour lui, « cette crise est liée à la fois à l’absence de développement et à l’absence de justice », ce qui lie fortement droit et développement. 

Les débats ont permis de compléter ces propos avec l’appui d’expériences de terrain. Mais ce sont l’introduction et la conclusion d’André Didzarevic, directeur de l’IDHL (Institut des Droits de l’Homme et du Développement) que nous avons choisis pour résumer l’ensemble des réflexions : « Les Droits Humains, c’est l’élément transversal pour les Nations-Unis dans toutes leurs actions, notamment de développement. […] ll faut toutefois être très attentif à l’exploitation des droits de l’Homme comme outil politique ». Autrement dit, les droits humains ne doivent pas servir à imposer une vision unilatérale du développement, mais bien s’inscrire dans des contextes locaux.

Profil des intervenants sur le site du CIEDEL

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03/06/2016
Recherche de financements : gagnez du temps dans vos démarches

De nombreux candidats à la formation continue recherchent des financements AVANT de se pré-inscrire à la formation de leur choix. Nous tentons de vous expliquer en quelques lignes pourquoi c'est sans doute une erreur et comment vous pouvez optimiser la recherche de financement en inversant votre démarche.

  • La première étape consiste en fait à remplir un dossier de pré-inscription à la formation à laquelle vous souhaitez vous inscrire. En effet, même si vous passez un peu de temps à remplir ce dossier, il vous fera gagner beaucoup de temps par la suite (et sera souvent un bon support pour postuler à d'autres formations)
  • Une fois ce dossier pré-rempli, cela vous permettra, si vous remplissez les conditions, de recevoir une attestation de pré-inscription. Cette attestation est un élément décisif pour aller chercher des financements.
  • Plus vous aurez réalisé votre pré-inscription tôt, plus vous aurez de temps pour trouver un financement. L'attestation de pré-inscription va rassurer les potentiels financeurs et vous rendra plus crédibles auprès d'eux.
  • Une fois les financements réunis, vous n'avez plus qu'à demander votre inscription définitive à la formation !

Nous rencontrons beaucoup de cas où des personnes intéressées par la formation ne remplissent pas de dossier de pré-inscription car ils veulent d'abord être sûrs d'avoir les financements ; or, n'oubliez pas qu'une recherche de financement se construit autour d'un projet concret de formation, et donc autour d'une attestation de pré-inscription. 100% des personnes formées au CIEDEL ont commencé par se pré-inscrire !

 

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19/04/2016
Table ouverte à Lyon jeudi 21 avril

Comme chaque 3ème jeudi du mois, venez rencontrer les équipes du RAFOD, du CIEDEL, les professionnels en formation ainsi que des membres de notre réseau autour d'une table ouverte au public.

Le 21 avril 2016
Dans nos locaux, 33 Cours Suchet, 69002 Lyon

En savoir plus sur les tables ouvertes

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30/03/2016
Nouvelles bourses sur les frais pédagogiques & les frais de vie pour les formations au CIEDEL (jusqu'à 100%)

Le RAFOD met à disposition des bourses étendues sur les formations courtes d'avril à juillet 2016. Ces bourses visent à faciliter le renforcement de compétences des professionnels du Sud. Les candidatures féminines sont vivement encouragées.

Ces bourses couvrent :

  • Les frais pédagogiques pour les professionnels qui viennent pour un seul module
  • 50% de l'ensemble des frais totaux (frais pédagogiques, frais de vie et logement - hors billet d'avion) pour la participation à 2 modules ou plus
  • 100% des frais (hors billet d'avion et assurances) pour les 5 meilleurs dossiers, dont 3 seront attribuées à des femmes

Toutes les demandes doivent être étudiées par la commission des bourses et ne reçoivent pas automatiquement une réponse positive. Retrouvez les détails sur ces nouvelles bourses ici ou sur la page Bourse d'Etudes de notre site.

Le calendrier des formations courtes au CIEDEL est disponible ici. Vous pouvez aussi retrouvez toutes les formations du CIEDEL sur leur site internet.

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